J’ai mal à ma Visio-Conf – du risque d’épuisement cognitif en période de confinement

Une petite fille qui a fait trop de visio-conférence pendant le confinement
Photo by Henrikke Due on Unsplash

15 heures en 6 jours ouvrés du vendredi au vendredi moins samedi et dimanche.
Oui j’ai pris le temps de compter. De noter méticuleusement chaque visio, avec le nombre heures passées. J’ai ajouté en plus le temps au téléphone pour le boulot et l’entraide à se confiner développer la culture des communs et la configuration en Tiers-Lieux.

15H devant mon écran d’ordinateur ou pendu au téléphone. Grésillement dans les connexions synaptiques. Bruit blanc en continu dans l’encéphale. Et l’extrêmité d’une tige de plomb qui touche mon occiput ? Vous la sentez aussi ?

Rassurez-vous, nous ne sommes pas encore dans la matrice, cyberconnectés corps et âmes sur des serveurs.

Si je t’assure, l’espoir c’est toi !

La tête en choux-fleurs

Si vous lisez cet article, vous êtes certainement comme moi. Fatigués par les nombreuses visio-conférences générées par le travail et la collaboration à distance.

Autour de moi (par visio, tél ou mél), quand j’évoque le sujet tout le monde semble poser les mêmes constats :

  • Nous sommes beaucoup plus efficaces en télétravailant (si on est pas trop dérangés par ces enfants). Mais ce constat est déjà posé depuis longtemps par les premiers télétravailleurs (back to 2000’s my friend)
  • Les visios-conférences épuisent.

A la fin de la première semaine de confinement, j’avais le cerveau en choux-fleurs. Le vendredi soir venu, j’ai éteint mon ordinateur et j’ai été physiquement incapable de toucher mon ordinateur avant le dimanche soir.

Un formateur de ma connaissance s’est fixé comme règle de ne pas toucher son ordinateur le dimanche. On m’a également rapporté qu’un haut fonctionnaire avait exprimé la même souffrance quant à la multiplication des visios-conférences.

Pourquoi ça fait mal, docteur ?

Pourquoi à la fin d’une journée avec quatre heures de visio, avons-nous la désagréable sensation d’avoir le cerveau perforé par du calibre 9 millimètres ?

  • Parce que nous ne sommes pas habitués à cette situation.
  • Parce que parler devant un écran et une caméra, ce n’est pas naturel.
  • Parce que nous ne sommes pas habitués à faire des visios tous les quatre matins.
  • Parce que la plupart d’entre nous ne sait pas travailler en équipe.
  • Parce que travailler en équipe s’apprend sur un temps long et nécessite une certaine expérience.
  • Parce que travailler en équipe à distance est une contrainte supplémentaire.
  • Parce que l’illectronisme est une fumisterie.
  • Parce que nous sommes tous des handicapés.
  • Parce que nous avons toutes et tous des usages numériques différents et que les usages numériques changent et s’apprenent tous-les-jours !
  • Parce qu’il y a différence et débats entre ce qu’est la coopération, la collaboration et l’intelligence collective.

😀 Ça va mieux, là ? Fais-toi plaisir, bois un coup ! Si, si j’insiste.
Ça va bien se passer, tu vas voir.

Il était une fois…

Souvenez-vous, il n’y a pas si longtemps, vous donniez des cours, des formations ; vous faisiez des réunions, ou peut-être étiez vous élèves ou étudiants. Vous étiez avec des vrais vrais humains. Pas besoin de faire de test de Turing.

Ouah ! Comment c’était trop bien, tu te souviens, tu crois que ce sera possible bientôt ?

Ce n’était pas toujours facile, des détails vous échappaient, vous n’étiez pas toujours à l’écoute, votre concentration était parfois flottante, au travail vous étiez peut-être atteint de réunionite aïgue.

Mais au moins vous étiez dans un environnement de travail, vous saviez à peu près (sauf les deux du fond) où porter votre attention. Vous ressentiez votre corps, votre respiration, votre coeur palpipant, peut-être aviez-vous des vues sur le voisine ou le voisin.

Tu ne vas pas me faire croire que. Fais pas genre. La technique de zyeutage on la connaît. Et en plus, la femme est un homme comme un autre.

Vous n’avez que deux yeux, deux mains et un cerveau

En visio-conférence vous plongez dans un univers en continuelle expansion, le réseau des réseaux, j’ai nommé Internet I majuscule.

Création du groupe d’entraide numéro 440 localisation long : 8022 lat : 3306 CHECK !

En visio-conférence, vous êtes concentré sur plusieurs environnements :

  • Votre miroir-vidéo (Damasio si tu nous entends)
  • Votre interlocuteur
  • Vos interlocuteurs
  • Le quarantième outil de visio-conf que vous découvrez ( Zoom c’est dead les enfants)
  • Votre écran
  • Votre clavier et votre souris
  • Le bureau sur lequel est posé votre ordinateur
  • Le mail urgent qui vient de tomber
  • La notification rézosocio qui pourrait être importante/intéressante
  • La tâche que vous n’avez pas pu effectuer avant de commencer la visio
  • Votre enfant qui veut jouer à Animal Crossing ou doit faire ses devoirs
  • Votre enfant intérieur (Et oui, tout ça pour qui ? Tout ça pour quoi ?)
  • Votre maison, appartement, le rangement qu’il faudra faire ce soir
  • La fenêtre, le dehors
  • Le chant de l’oiseau, juste là
  • Les rayons du soleil

Que dit la science ?

Que dit la science ? Ben je ne sais pas, du moins pas vraiment. Mes connaissances en santé mentale se limite à la lecture de quelques bouquins. On parle de charge mentale, d’épuisement cognitif, d’addiction aux écrans. J’écris “on” car je ne suis pas spécialiste, simple amateur. Honnêtement, rions un peu et faissons de la Blanche Gardin psychologie.

On ne se voit pas devenir con. Parce que le cerveau en fait, c’est un organe caché, il est sous le crâne, on ne le voit pas se modifier.
Que tu bouffes de la merde tous les jours tu te vois devenir gros,
tu te vois dans la glace, mais tu te vois pas devenir con.
Tu t’en rends pas compte un jour devant le miroir de ta salle de bain
“Putain mais je suis entrain de devenir complétement conne là !”.

Blanche Gardin, à propos de la télévision… un autre écran.

Crétin de cerveau. Biais cognitif. Attention, l’ennemi c’est la peur, c’est nous, c’est les idées pré-conçuees dont nous sommes perclus.

Eternel retour à soi, de l’intérieur vers l’extérieur et vice et versa.

Je l’expliquais plus haut, en visio il est difficile de se connecter à son corps et ses émotions. Et en plus aux émotions des autres. Le langage corporelle est trés limité. Habituellement, il est une composante essentielle de la communication inter-personnel. Il faut faire des pantonimes.

Psychologues, psychiatres, médecins et psys du travail,
universitaires, scientifiques, nous avons besoin de vos lumières 
pour éclaircir ce problème précis. 

Alors que faire ?

Bois. Fais pipi. Fais des pauses.

Votre temps d’attention est limité. Vous n’êtes pas dans la Matrice. Vous n’êtes pas un robot (🤖 = travail en polonais 😉 ).

  • Apprenez à télétravailler, Internet est plein de ressources.
  • Une bonne réunion est une réunion bien préparée, une bonne visio est une visio hyperpréparée, comment animer une réunion à distance ? Ressource.
  • Faites des pauses collectives obligatoires, au bout d’une heure, ordonnez à tout le monde de quitter l’ordinateur pour 10 minutes.
  • Buvez. Attention pas de bouteille d’1 litre à côté de vos appareils ! Un verre d’eau moitié plein bien placé sur le bureau suffira.
  • Dès que vous le pouvez aller aux toilettes et resservez vous un verrre. Excusez-vous auprès des autres et quittez le poste pour quelques minutes.
Facilitation graphique animer une réunion à distance
Facilitation graphique par Lison Bernet pour un Afterwork au Lab01 d’Ambérieu-en-Bugey, thème : “Animer une réunion à distance”
Facilitation graphique animer une réunion à distance
Facilitation graphique par Lison Bernet pour un Afterwork au Lab01 d’Ambérieu-en-Bugey, thème : “Animer une réunion à distance”

Désintox : de moins en mieux

Ok. Vous êtes arrivé ici. Maintenant, il est temps de poser des questions simples mais absolument essentielles. Je suis médiateur numérique. Pourquoi je fais ce métier ?

  • Parce que j’aime ce métier.
  • Parce que c’est un métier, juste un métier pas un sacerdoce. Avec l’expérience, il faut apprendre à se déconnecter. Lors des mouvements de décembre 2019 contre la réforme des retraites, les travailleurs du numérique avait demandé ce droit : la déconnexion.

Comment, diable, j’ai commencer mon métier ? Par un blogue. C’était le 2 mai 2012. J’avais rédigé un manifeste. Aurélien Saison 1 Episode 1. Je dois dire que relire ce texte en période de confinement, ça me fait quelque chose. Un sentiment de fierté mêlé à l’inquiétude. Comme si le sillion se creusait dans du sable…

Quand travaillerons-nous à créer un numérique plus sain, plus accessible, plus simple, moins énergivore, moins omni-présent, pour le grand nombre d’entre-nous ?

Quand apprendrons-nous collectivement à nous saisir de ces outils, pour pouvoir les reposer sur l’établi au soleil couchant ? De quoi avons-nous besoin ? Comment vivre de moins en mieux ?

Comment lutter contre le start-upeur solutionniste, ce prohète monstrueux qui sommeille en nous ? Il est temps de se désintoxiquer.

🎵🎤“They try to make me to go to rehab and I say No No No

Arrêter le consulting, devenir jardinier. Lire des bouquins, ressortir les K7, les VHS, les pentax, les polaroïdes, et les pelloche 8 millimètres.

Drôle de révolution, vintage power et formica punk.

La suite au prochain épisode.

Bonus track

Vous cherchez un outil de visio ? Voilà une belle liste.

Covid19 – Comment j’ai aidé la ville de Maubeuge

Contexte : COVID19 – La premiers jallons de cet article ont été posé le 26 mars 2020.
Les appels aux dons, à bénévoles, à contribution, et autres aides fleurissent partout sur Internet et les médias. Ces nombreux appels ne sont pas sans soulever des questions sur lesquelles je reviendrai bientôt.

Les médiateurs numériques sont appelés sur plusieurs fronts :

Soutenir la continuité pédagogique, c’est-à-dire aider les personnels de l’éducation nationale à se saisir des outils numériques pour maintenir les apprentissages à distance.

– Aider la population en général, l’ensemble des citoyens à se saisir des outils numériques pour tous les usages du quotidien, à travers la plateforme Solidarité Numérique.

– Fabriquer des visières de protection pour toutes les personnes en première ligne (personnels soignants, les travailleurs sociaux, les livreurs, les commerçants, les agents de collectivité…etc) en coordonnant les nombreux FabLabs et makers et makeuses confinés à la maison partout en France. Oui, les FabLabs permettent l’accès à la fabrication numérique au plus grand nombre, ils font partie de la médiaiton numérique.

En vérité, le travail ne manque pas et la liste que j’ai posé est non-exhaustive. Là encore j’y reviendrai bientôt.

La documentation pour aider

Plus qu’auparavant, il me semble important de documenter ces initiatives, afin qu’elles trouvent des echos par delà la crise. Je suis très attaché à la documentation, elle fait partie de mon histoire.

Les ressources, les guides, les tutos, les recommandations, les MOOCs pullulent sur les réseaux sociaux… encore faut-il trouver les bons et les transmettre aux bonnes personnes et au bon moment. Je pense que les questions critiques à se poser sont, dans l’ordre de leurs urgences, les suivantes :

  • Comment atteindre les personnes non équipées d’ordinateurs ou de smartphone ?
  • Comment toucher les publics concernés ?
  • A quoi serviront nos travaux et ressources produites après le confinement?
  • Comment aujourd’hui préparer le déconfinement
  • Comment travaillerons-nous après la crise ?

C’est pourquoi l’initiative la plus intéressante, de mon honnête et humble point de vue, est le wiki Risposte Creative Numérique.

“Apprendre ensemble de la crise : Appel a la créativité et à la force du réseau des acteurs de l’innovation publique territoriale pour faire face aux nouveaux défis crées par la crise du covid 19”

https://ripostecreativeterritoriale.xyz/?PagePrincipale

Il est urgent de contribuer !

Le wiki se veut être une gare centrale des initiatives pour orienter les collectivités et les professionnels dans la bonne direction. Il urgent de contribuer ! Vous travaillez dans une collectivité ou professionnel du numérique : contribuez ! Voici comment :

https://video.cnfpt.fr/widget/utiliser-et-comprendre-le-wiki-1

L’exemple de Maubeuge

Ce wiki me donne les moyens d’agir ! De contribuer ! D’aider ! Humblement, bénévolement, d’entrer en contact avec des personnes qui ont besoin de mes conseils.

Sur le wiki, dans la partie “J’ai besoin” j’ai trouvé ce message :

Nous avons échangé au téléphone le jeudi 26 mars, voici mes recommandations.
Attention mes recommandations sont bénévoles et faites dans l’urgence, elles sont simplement un premier niveau de réponse, elles sont sujets à critiques et adaptation.

Le besoin de la ville de Maubeuge :
Faire de la mise en relation pour développer la solidarité

Il y a trois niveaux :

  1. L’action citoyenne
  2. Les relations entre agentes de la collectivité et les usagers
  3. Comment travailler à distance entre agents de la collectivité ?

Les citoyens agissent ! Ils s’entraident.

La collectivité doit relayer leurs intitiatives avec ses outils de communication .

Quelles relation entre agents et usagers en cette période ?

La ville de Maubeuge à des pages Facebook, le problème récurrent de ce rézosocio et son algorithme, c’est qu’il dillue l’information dans ses flux.
J’ai recommandé les applis smartphone type Illiwap pour faire du push et de la notification afin de mieux catégoriser l’info.

Aux citoyens indiquer deux sites :
Pour faire ses démarches en lignes, apprendre à se servir des outils numériques, faire cours à mes enfants…etc. : https://solidarite-numerique.fr/ avec le numéro vert.

Comment assurer la continuité pédogique ? Une ressource : : https://openclassrooms.com/fr/p/continuite-pedagogique

Certains de nos citoyens ont un smartphone, pas d’ordi ni d’imprimante.
J’ai un devoir maison à imprimer pour mon enfant :
=> J’envoie le document sur ecole@maubeuge.fr ou imprimante@maubeuge.fr
=> Je vais à l’état civil, l’adresse mél est tout le temps ouverte
=> Je télécharge mon document, j’imprime !

Comment travailler, collaborer, manager entre agents de collectivité ?

Nous avons l’Intranet => ok c’est outil mais pour quoi faire ?
Nous avons mis en place un Whatsapps => ok c’est outil mais pour quoi faire ?

Nous faissons du télétravail ? Et c’est naturel ? Et vous le faites bien ?
Deux guides à lire :

En résumé il faut penser aux processus, aux méthodes et à l’organisation, avant de penser aux outils. Vaste sujet sur lequel, je reviendrai dans un prochain article.

Envie d’aller plus loin, de plus de ressources ?
N’oubliez pas ce wiki !

De journaliste à commoner, la documentation c’est mon histoire

Première édition de l’article : 1er avril 2020 en situation de confinement #nojoke.
Si nécessaire, je reviendrai et compléterai cet article avec vos retours. Tous les édits seront notés ci-dessous.

Contexte : Séminaire de contribution, transformation, appel aux dons, MoviLab le wiki des Tiers-Lieux, connaît une importante actualité. En tant que contributeur je souhaitais livrer mon témoignage sur mes pratiques de documentation.
Ce texte contient du savoir chaud, de l’expérience, j’espère qu’il permettra de mieux saisir l’importance éditoriale dans les pratiques de documentations. Une fois de plus, il y a des échos avec ma formation de journaliste.

Je ne peux oublier cette première fois, où j’ai utilisé un pad collaboratif en ligne. C’était à Lille en novembre 2013…

J’avais les pieds tremblant, mes cuisses frissonnaient sous mon ordinateur portable, des fourmis creusaient de nouvelles galeries dans mon cerveau, et un courant électrique alternatif chatouillait ma colonne vertébrale.

J’étais soufflé, ému, impressionné par la beauté et la puissance de ce simple outil. C’était en novembre 2013 aux Rencontres Ouvertes du Multimédia et de l’Internet Citoyen et Solidaire à l’ancienne gare Saint Sauveur de Lille.

Nous étions assemblés en rond sur des chaises, une dizaine parmi d’autres dizaines. Nous parlions du modèle économique des Tiers-Lieux. À l’époque, le sujet était peu connu, obscur, technique. Bien sûr, je ne comprenais pas tout mais je saisissais tout. Je rendais compte en direct. J’étais lu, complété, édité, corrigé en live. Je reportais au coeur de l’action. Je n’en perdais pas une miette.
Il n’était pas question de faire de la mise en scène, il me fallait extraire de la matière brute d’intelligence collective. Je tapais au kilomètre, très vite, et je pouvais compter sur les autres pour lire, corriger, compléter, éditer en direct. Personne ne m’avait appris à travailler comme ça auparavant .

J’éditais du texte, j’étais des lignes et une couleur sur un écran blanc aux lignes numérotées. La conversation était prolongée, augmentée, nous laissions une trace sur un serveur, une trace lisible et compréhensible par les absents, par les intéressés, à commencer par les autres participants des ROUMICS.

Personne dans l’assemblée ne venait troubler la véracité des propos ou le sens des phrases. Un accord bienveillant de partage et de construction s’imposait à nous.

Le prochain lundi

Il me faudra quelques années d’expérience pour comprendre que cet accord, faussement tacite, ne venait pas en premier lieu de l’outil mais de la volonté sincère des participants de créer une ressource utilisable et appropriable. Une ressource résultante de notre volonté et faite à notre mesure.

Je connaissais les ficelles de la rédaction et de la mise en scène de l’information, évidemment leur caractère fini, définitif, impose des biais. Journaliste de formation, je l’ai constaté de nombreuses fois. Si on ne pense qu’au temps présent, l’histoire que l’on raconte ne vivra peut-être que quelques jours. Comment dépasser cet horizon du lundi prochain ? Documenter.

J’aimerais donner ici quelques explications quant à ma pratique de documentation et son histoire. J’insiste sur un point, il ne s’agit que de ma pratique de documentation. Il faut rester humble, c’est important dans une posture de documentation.

Rester humble

Il faut d’abord se défaire de l’invective médiatique du « D’où parles-tu ? ». Documenter c’est faire peu de choses, plein de petites choses. Commencer petit, prévoir grand. Pour documenter tout un chacun doit être légitime. Corriger une faute d’orthographe. Mettre un lien hypertexte. Poser une balise. Poser une première couche, puis corriger, revenir, ajouter, modifier. La documentation d’une personne ne peut être vu et qualifié que dans son ensemble. On ne peut pas prendre une partie pour le tout, un article pour argent comptant. C’est la sédimentation de tous les articles, de toutes les pages, de toutes les couches qui fait la documentation.

Tendre vers le récit, avec comme stratégie la défense, comme but la préservation.

Rester humble. Accepter l’inachevé comme résultat. Tendre vers le récit, avec comme stratégie la défense, comme but la préservation. Une documentation n’a de sens et n’existe qu’en lien avec d’autres documentations. Une page wiki est nécessairement liés à d’autres pages wiki, comme un article de blog fait référence à d’autres articles de blog. Les mots s’inscrivent dans un champ lexical particulier, une taxonomie pourrait-t-on dire, d’où découle une culture à la fois communautaire et propre à soi : un commun.

De journaliste à commoner

Voici mon histoire : je suis arrivé dans les Tiers-Lieux étant journaliste et communicant et en quelques années je suis devenu commoner. Tant que faire se peut je prend soin du patrimoine informationnelle commun des Tiers-Lieux.

En 2014, j’ai lancé un média participatif sur les Tiers-Lieux. Il n’existe plus aujourd’hui mais j’en ai gardé toute les précieuses données. Elles attendent une seconde vie. Au-delà d’un échec (trop vite, trop gros, trop tôt, trop jeune…), ce média fut un vecteur pour m’approprier de nouveaux savoir-faire et de nombreuses connaissances. C’est en 2015 que j’ai réellement compris l’intérêt de MoviLab et par extension de Wikipédia. Les wikis ont cette force qui est d’obliger à donner un contexte à sa documentation, à documenter la documentation. Chaque page à son histoire, on sait qui a modifié, quoi et quand.

What’s mine is yours

Si je documente c’est d’abord pour moi et donc pour toi. Il y a le plaisir de la mémoire, des traces et jalons laissés sur le chemin des années, mais il y a un véritable intérêt professionnel.

Aujourd’hui, j’ai un poste de médiateur numérique. Je dois faire un atelier Arduino, j’ai créé une page MoviLab pour cela. Je dois aider des collègues à trouver des outils pour accompagner les personnes âgées aux usages numériques, j’ai crée une page pour cela. Définir un Tiers-Lieux, il y a des pages pour cela. Quel est l’histoire de Saint-Etienne de ces dernières années ? Le saviez-vous, le premier OuiShareFest, c’était en 2013 ? Y-a-t-il des liens avec Saint-Etienne ? Oui, nous en avons les traces.

De notre grotte nous conjurons le sort

Il y a très longtemps des humains sont partis à la chasse. Pour manger, il devait vaincre d’énormes bêtes. Pour conjurer le sort, ils ont dessiné l’histoire du jour sur les murs de leurs maisons. Aujourd’hui des touristes par milliers viennent visiter la Grotte de Lascaux.

Je documente toujours pour les autres mais ce n’est pas ma première pensée et je ne nourris aucun espoir. L’oeuvre reste, le créateur meurt. Nous courrons tous vers la même fin. Le peu que j’ai fait servira à quelque chose de toute façon, le devenir de mon travail ne m’appartient déjà plus. Un an, deux ans ou cinq ans après, il se trouve souvent un passager – lecteur, jardinier, patrouilleur ou codeur – qui s’émerveille. La page existe. L’action peut devenir savoir. L’information est toujours là. Et si tu es mécontent de ce patrimoine, il n’appartient qu’à toi d’y contribuer.

La grotte de Lascaux – Source : Wikipedia

Mon premier MOOC, l’art de la pédagogie

Entre décembre 2019 et février 2020, la Grande École du Numérique proposait un cours en ligne sur “l’évaluation dans l’acquisition des compétences”. J’ai revu mes classiques et j’ai appris de nouvelles choses. 

Les MOOCs (massive open online course ou formation en ligne ouverte à tous) sont une forêt touffue dans laquelle on peut vite se perdre. Il en existe des millions sur des milliers de plateformes sur des sujets très divers (même sur l’histoire du terrorisme récent et la lutte contre la radicalisation). Moi-même, avant de rentrer en formation, je m’y étais essayé à plusieurs reprises sans grande réussite. Manque de temps, pas toujours sûr de ce que je cherchais, comme nombre d’apprenants je manquais d’assiduité… 

Pas si Massif, le MOOC

Cette fois-ci les enjeux étaient différents. Le cours était bien ciblé et bien contextualisé. Il s’adressait à une communauté précise, bien définie : les formateurs, coordinateur de formations, coordinateurs pédagogiques aux métiers du numérique, labellisée GEN… de préférence mais pas obligatoirement. 

Contrairement à une idée reçue, les MOOCs ne s’adressent pas au tout venant. Ils ne rendent pas le savoir universel accessible à tous d’un claquement de doigts, quelques pré-requis sont indispensables. L’apprenant doit savoir ce qu’il cherche ; les concepteurs pédagogiques à qui ils s’adressent et pourquoi.  

Dès le début, le temps nécessaire au MOOC était annoncé : deux à trois heures par semaine. Ce qui relève de l’ordre du possible dans une semaine de travail bien organisée.

Ce que j’ai appris

J’ai trouvé le cours bien construit, car les apprenants étaient poussés à l’action et la réflexion. Pour rappel un (bon) MOOC c’est ( ce sont ) : des cours en multimédia (texte, vidéos, sons…) + un forum + des visio-conf avec les concepteurs pédagogiques + des validations de compétences à chaque module. 

Après chaque cours, il fallait interagir, faire une proposition sur le forum et la confronter avec les autres apprenants. J’ai revu l’incontournable taxonomie de Bloom, j’ai appris le sens du mot docimologie. 

Sur les cinq modules, le plus intéressant était consacré aux OpenBadges. Le sujet est plutôt bien documenté, je vais essayer de faire bref et simple : 

Un OpenBadge, c’est comme une compétence acquise dans un jeu de rôle. 

Ex : Je suis sorcier, j’accède au niveau III grâce à mon expérience, j’acquiers la compétence nécromancie. Je vais pouvoir ressusciter les morts.

Dans le jeu de rôle du réel, un OpenBadge est une image avec des métadonnées qui valide une compétence dans un contexte particulier. 

Ex : J’ai le badge SuperMaker3D, il certifie que je sais me servir d’un scanner 3D, des logiciels de conception et d’impression 3D, et d’une imprimante 3D. Je l’ai obtenu au Lab01. Ce badge peut être reconnu dans d’autres FabLabs qui l’endossent ou reconnaissent des équivalences… et oui ce standard d’évaluation est ouvert !

Les OpenBadges sont portatifs, peuvent se partager sur des CV en ligne. À l’avenir on peut imaginer « qu’il y aura autant de badges que de sites webs » dixit le cours. Une diversité qui fera la richesse dans l’acquisition des compétences et la création de formation à la mesure de chacun.  

badgecanevas
Canevas pour créer son propre badge créé par l’association Reconnaître

Le MOOC comme outil et processus

Dans le monde de la pédagogie des formations professionnelles, des rélexions sont à l’oeuvre quant à l’utilisation des MOOCs. À la lumière de cette expérience, je crois qu’il ne faut pas voir dans le MOOC une finalité, mais un outil, un processus.

Notons quelques initiatives intéressantes : 

La région Auvergne-Rhône-Alpes lance bientôt une formation en partenariat avec l’Ecole des Mines de Saint-Etienne. Elle sera mi-MOOC, mi-FabLab. Elle s’adressera aux demandeurs d’emplois. J’imagine que le but sera de faire réaliser en FabLab ce qui a été appris grâce aux cours en lignes. 

Au Lab01, où je travaille, nous réfléchissons à la création d’un Campus Collectif. L’objectif est de réunir pendant deux heures par semaine des personnes qui suivent des cours en lignes (tutos youtube, MOOCs, tout ce qu’Internet peut offrir…) et de créer les conditions d’un partage des connaissances. Le meilleur moyen d’apprendre étant d’expliquer à d’autres ce que l’on a appris. Pour le moment nous essayons de lever les freins : trouver le bon créneau et un nombre suffisant d’apprenants.

Comme je l’ai expliqué plus haut, avant de suivre un MOOC il y a un chemin à parcourir : savoir se servir d’un ordinateur, savoir pourquoi on suit le MOOC… etc… 

Sur Internet, la plateforme We Co Learn (en cours de développement) veut mettre en relation les autodidactes, ainsi permettre la création de communautés apprenantes localisées. Un outil à tester pour les organismes de formation et les FabLabs. 

Quoi qu’il en soit, les cours en ligne s’inscrivent dans des enjeux multiples : formation continue des salariés, formation des formateurs, formation des personnes éloignées de l’emploi, réponse à de nouveaux besoins de compétences en entreprise…etc. 

Et maintenant je mets le cap sur un nouveau MOOC : l’atelier RGPD par la CNIL. 

Contribuer aux communs de la connaissance sur MoviLab :
Formation aux métiers du numérique

Merci à Catherine Serre, Mary de Paris, Sylvie Pollastri et les contributeurs anonymes pour leurs aides dans la publication de cet article.