Va niquer tes grands mails !

VIS MA VIE DE MÉDIATEUR NUMERIQUE. Quand un week-end en amoureux est balayé par un tsunami de courriels.

*Crédits photos UNE : Photo de Mason B. sur Unsplash

Médiateur numérique, il n’en reste pas moins que je suis un usager du numérique comme tout le monde. Dernièrement, ma belle et moi, on se baladait dans la campagne, quand soudain, ô joie ! Une affiche nous annonce un concert de Kerry James prochainement, pas trop loin de chez nous. Allez c’est parti, on va acheter les billets et même réserver un hôtel pour profiter de la belle campagne alentour le lendemain du concert.

Mais préparer un tel week-end en 2025, c’est descendre dans les sept cercles de l’enfer. Pour acheter les billets, il faut se créer un compte (sur le site d’une salle de concert dans laquelle j’irais une fois tous les trois ans). Un premier courriel pour valider la création du compte, un second pour le ticket de paiement, un troisième pour la confirmation de commande, un quatrième pour les billets. Nous en sommes à quatre courriels.

Maintenant l’hôtel : ouf pas de compte à créer ! Un premier courriel pour le ticket de paiement, un second pour la confirmation, un troisième à H-24 « votre arrivée demain », un quatrième qui explique comme faire le check-in tout seul sans passer par la réception, histoire de réduire les coûts en réduisant le temps de travail des réceptionnistes qu’on va moins payer. Nous en sommes à huit courriels.

À quelques heures du concert un nouveau courriel de la salle de concert : Kerry James est annulé. Dommage ! Il faut envoyer un courriel pour le remboursement. Ma douce trouve une nouvelle soirée culturelle à 15 kms de la salle de concert : une lecture publique de l’écrivaine Lola Lafon. Je tire mon chapeau à cette seconde institution culturelle : pas de compte et juste un courriel avec le ticket de paiement et les billets QR code. Bravo pour cette frugalité numérique ! Nous en sommes à onze courriels.

Retour de week-end : le lundi je reçois un courriel de l’hôtel pour le questionnaire de satisfaction. Et trois jours plus tard, un courriel de remerciement avec inscription forcé à une newsletter que je n’ai jamais demandé. Nous arrivons à un total de treize courriels pour un week-end amoureux.

Petit Bonus : les courriels et la santé

Le jeudi suivant, je passe une radiographie. J’y vais. Je fais la radio. On me donne les radios. C’est terminé. Ça semble simple. Mais trois jours avant j’avais reçu deux courriels. Un pour la confirmation. Un autre pour le rappel. Avec par deux fois la même convocation en pièce-jointe. Et encore un autre rappel par Doctolib sur mon mél doublé par un texto…

Je pensais avoir détruit mon compte Doctom****. Je me bats avec les médecins et les secrétaires médicales pour ne pas passer par Doctoprison. Mais cela semble obligatoire. Je ne veux pas de Doctodata, je ne veux pas partager mes données de santé avec une entreprise. Je refuse d’y consentir. Est-ce que quelqu’un a une idée pour renvoyer ce démon dans les ténèbres où il aurait dû rester. Depuis le COVID, il semble impossible de prendre rendez-vous chez un médecin sans cette horreur. Dans les grandes villes impossibles de s’en passer, surtout en cas d’urgence… À la fracture sociale, on ajoute la fracture numérique et celle de l’accès aux soins. Pire encore, une heure après ma radio, je reçois un troisième courriel pour me demander de me connecter à mon espace patient, nouvellement créé. J’ai répondu « Non merci. Je n’ai jamais demandé ça. Je n’en veux pas. »

Messages personnels

Cela fait donc dix-sept courriels pour deux spectacles, une nuit d’hôtel et une radiographie. Et tout va bien, tout semble normal. C’est tout sauf normal d’être autant pris, dérangé, surchargé, rappelé, infantilisé. Vous viendrez bien au rendez-vous ! On vous le rappelle. On vous rappelle à l’ordre ! Par courriels, pdf et textos, sinon… Si on ne vient pas, sinon quoi ? Si on ne peut pas, alors quoi ? Si on ne veut plus, alors quoi ? Merde. Nous ne sommes pas des robots. Nous ne sommes pas des pigeons. J’ai la boîte mél surchargé de merde, d’invitation à participer à un système de notation et de surveillance généralisé. Je n’en veux pas. « L’humanité ne sera vraiment heureuse que lorsque le dernier des capitalistes aura été pendu avec les tripes du dernier des bureaucrates, » comme disait l’autre.

Pour finir quelques messages personnels :

La soirée était merveilleuse. La salle de spectacle exsudait la poésie dans le jus de ses vielles pierres médiévales.
L’hôtel était correct, chambre avec vue sur la zone industrielle, Courtepaille et McDo.

Lola Lafon, avec vos mots incandescents vous m’avez ému aux larmes.
Kerry James c’est partie remise pour « (R)Résistances (A)(Amour) (P)Poésie » !

Quant aux salles de spectacles, aux radiologues, aux hôtels et tous les autres scribouillards du clavier : je vous achète un service, je n’ai pas demandé « trouze millions » de courriels, de comptes, et de trackers publicitaires. Faites votre boulot ! Faites ce que le client vous demande ! Pas plus, ça ne sert à rien. Pour vous en convaincre, je vous invite vivement à regarder la conférence de Benjamin Bayart « La Vie Privée comme modèle économique » car il est possible de respecter ses clients, le RGPD et être rentable.

Capture d'écran conférence de Benjamin Bayart "La Vie Privée comme modèle économique"

Un commentaire

  1. Ping :Médiation numérique : nous sommes au bord de l’effondrement mais il y a des sous pour la boule à facettes ! – Aurélien Marty

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