Faire École Ensemble, une communauté contributive

Crédits : Pixabay

A la (re)lecture de mon CV, je me suis rendu compte qu’il manque beaucoup d’expériences.

Ce qui fait mes compétences, mes savoirs se trouve entre les lignes.
Tous les événements, les offs, les communautés contributives, les Tiers-Lieux, auxquels j’ai participé ces dernières années m’ont permis de voir plus loin et d’apprendre plus vite.

Comment reconnaître toutes cette richesse ?

C’est tout l’enjeu de la contribution. Depuis le premier confinement, j’aide l’association Faire École Ensemble. Le but est d’aider les professeurs à transformer leurs pratiques pédagogiques avec le numérique.

Quel numérique voulons-nous à l’école ? “Du logiciel libre et contributif évidemment !” répondrais-je du tac au tac, mais je ne peux m’arrêter là. En tant que Conseiller Médiateur Numérique, ce n’est pas une mince affaire.

La semaine dernière en prévision des États généraux du numérique pour l’éducation nous, les contributeurs de la FÉE, nous sommes réunis pour faire un pré-sommet : les États généraux du numérique éducatif libre.

C’est exactement ce type d’événement qui ont fait le médiateur numérique que je suis aujourd’hui : de l’intelligence collective, des réunions bien préparées et bien animées, de la documentation avec des pads et des wikis, des profils très divers (profs, ingénieurs, designers, fonctionnaire et j’en passe), donc des points de vues et des échanges riches.

Au final nous avons fait des propositions pour les États Généraux du numérique pour l’éducation (l’officiel). Elles ont été (un peu) écou(r)té. Elles se résument ainsi :

  1. Reconnaître la contribution des enseignants aux communs, qu’ils s’agissent de ressources ou de logiciels libres.
  2. Participer à la création d’une fabrique des communs pédagogiques
  3. Pérenniser et ouvrir apps. edu

➡ Découvrir l’ensemble de l’intervention de la FÉE aux États Généraux du Numérique pour l’éducation. 🏫

J’ai pour ma part participer à l’atelier “Formation et Culture numérique (pour les étudiants/élèves/profs)”… évidemment la question de la médiation numérique est vite arrivée sur la table. Nos échanges constituent, je pense, des ressources précieuses pour l’avenir.

Pourquoi proposer du logiciel libre ? Il ne s’agit pas de jouer au militant, ni de faire des directives bombardées d’en haut. Il faut accompagner aux usages pour que la communauté éducative s’émancipe et devienne contributrice à son tour.

La deuxième journée des États généraux du numérique libre et des communs pédagogiques aura lieu le mercredi 18 novembre 2020.

J’ai mal à ma Visio-Conf – du risque d’épuisement cognitif en période de confinement

Une petite fille qui a fait trop de visio-conférence pendant le confinement
Photo by Henrikke Due on Unsplash

15 heures en 6 jours ouvrés du vendredi au vendredi moins samedi et dimanche.
Oui j’ai pris le temps de compter. De noter méticuleusement chaque visio, avec le nombre heures passées. J’ai ajouté en plus le temps au téléphone pour le boulot et l’entraide à se confiner développer la culture des communs et la configuration en Tiers-Lieux.

15H devant mon écran d’ordinateur ou pendu au téléphone. Grésillement dans les connexions synaptiques. Bruit blanc en continu dans l’encéphale. Et l’extrêmité d’une tige de plomb qui touche mon occiput ? Vous la sentez aussi ?

Rassurez-vous, nous ne sommes pas encore dans la matrice, cyberconnectés corps et âmes sur des serveurs.

Si je t’assure, l’espoir c’est toi !

La tête en choux-fleurs

Si vous lisez cet article, vous êtes certainement comme moi. Fatigués par les nombreuses visio-conférences générées par le travail et la collaboration à distance.

Autour de moi (par visio, tél ou mél), quand j’évoque le sujet tout le monde semble poser les mêmes constats :

  • Nous sommes beaucoup plus efficaces en télétravailant (si on est pas trop dérangés par ces enfants). Mais ce constat est déjà posé depuis longtemps par les premiers télétravailleurs (back to 2000’s my friend)
  • Les visios-conférences épuisent.

A la fin de la première semaine de confinement, j’avais le cerveau en choux-fleurs. Le vendredi soir venu, j’ai éteint mon ordinateur et j’ai été physiquement incapable de toucher mon ordinateur avant le dimanche soir.

Un formateur de ma connaissance s’est fixé comme règle de ne pas toucher son ordinateur le dimanche. On m’a également rapporté qu’un haut fonctionnaire avait exprimé la même souffrance quant à la multiplication des visios-conférences.

Pourquoi ça fait mal, docteur ?

Pourquoi à la fin d’une journée avec quatre heures de visio, avons-nous la désagréable sensation d’avoir le cerveau perforé par du calibre 9 millimètres ?

  • Parce que nous ne sommes pas habitués à cette situation.
  • Parce que parler devant un écran et une caméra, ce n’est pas naturel.
  • Parce que nous ne sommes pas habitués à faire des visios tous les quatre matins.
  • Parce que la plupart d’entre nous ne sait pas travailler en équipe.
  • Parce que travailler en équipe s’apprend sur un temps long et nécessite une certaine expérience.
  • Parce que travailler en équipe à distance est une contrainte supplémentaire.
  • Parce que l’illectronisme est une fumisterie.
  • Parce que nous sommes tous des handicapés.
  • Parce que nous avons toutes et tous des usages numériques différents et que les usages numériques changent et s’apprenent tous-les-jours !
  • Parce qu’il y a différence et débats entre ce qu’est la coopération, la collaboration et l’intelligence collective.

😀 Ça va mieux, là ? Fais-toi plaisir, bois un coup ! Si, si j’insiste.
Ça va bien se passer, tu vas voir.

Il était une fois…

Souvenez-vous, il n’y a pas si longtemps, vous donniez des cours, des formations ; vous faisiez des réunions, ou peut-être étiez vous élèves ou étudiants. Vous étiez avec des vrais vrais humains. Pas besoin de faire de test de Turing.

Ouah ! Comment c’était trop bien, tu te souviens, tu crois que ce sera possible bientôt ?

Ce n’était pas toujours facile, des détails vous échappaient, vous n’étiez pas toujours à l’écoute, votre concentration était parfois flottante, au travail vous étiez peut-être atteint de réunionite aïgue.

Mais au moins vous étiez dans un environnement de travail, vous saviez à peu près (sauf les deux du fond) où porter votre attention. Vous ressentiez votre corps, votre respiration, votre coeur palpipant, peut-être aviez-vous des vues sur le voisine ou le voisin.

Tu ne vas pas me faire croire que. Fais pas genre. La technique de zyeutage on la connaît. Et en plus, la femme est un homme comme un autre.

Vous n’avez que deux yeux, deux mains et un cerveau

En visio-conférence vous plongez dans un univers en continuelle expansion, le réseau des réseaux, j’ai nommé Internet I majuscule.

Création du groupe d’entraide numéro 440 localisation long : 8022 lat : 3306 CHECK !

En visio-conférence, vous êtes concentré sur plusieurs environnements :

  • Votre miroir-vidéo (Damasio si tu nous entends)
  • Votre interlocuteur
  • Vos interlocuteurs
  • Le quarantième outil de visio-conf que vous découvrez ( Zoom c’est dead les enfants)
  • Votre écran
  • Votre clavier et votre souris
  • Le bureau sur lequel est posé votre ordinateur
  • Le mail urgent qui vient de tomber
  • La notification rézosocio qui pourrait être importante/intéressante
  • La tâche que vous n’avez pas pu effectuer avant de commencer la visio
  • Votre enfant qui veut jouer à Animal Crossing ou doit faire ses devoirs
  • Votre enfant intérieur (Et oui, tout ça pour qui ? Tout ça pour quoi ?)
  • Votre maison, appartement, le rangement qu’il faudra faire ce soir
  • La fenêtre, le dehors
  • Le chant de l’oiseau, juste là
  • Les rayons du soleil

Que dit la science ?

Que dit la science ? Ben je ne sais pas, du moins pas vraiment. Mes connaissances en santé mentale se limite à la lecture de quelques bouquins. On parle de charge mentale, d’épuisement cognitif, d’addiction aux écrans. J’écris “on” car je ne suis pas spécialiste, simple amateur. Honnêtement, rions un peu et faissons de la Blanche Gardin psychologie.

On ne se voit pas devenir con. Parce que le cerveau en fait, c’est un organe caché, il est sous le crâne, on ne le voit pas se modifier.
Que tu bouffes de la merde tous les jours tu te vois devenir gros,
tu te vois dans la glace, mais tu te vois pas devenir con.
Tu t’en rends pas compte un jour devant le miroir de ta salle de bain
“Putain mais je suis entrain de devenir complétement conne là !”.

Blanche Gardin, à propos de la télévision… un autre écran.

Crétin de cerveau. Biais cognitif. Attention, l’ennemi c’est la peur, c’est nous, c’est les idées pré-conçuees dont nous sommes perclus.

Eternel retour à soi, de l’intérieur vers l’extérieur et vice et versa.

Je l’expliquais plus haut, en visio il est difficile de se connecter à son corps et ses émotions. Et en plus aux émotions des autres. Le langage corporelle est trés limité. Habituellement, il est une composante essentielle de la communication inter-personnel. Il faut faire des pantonimes.

Psychologues, psychiatres, médecins et psys du travail,
universitaires, scientifiques, nous avons besoin de vos lumières 
pour éclaircir ce problème précis. 

Alors que faire ?

Bois. Fais pipi. Fais des pauses.

Votre temps d’attention est limité. Vous n’êtes pas dans la Matrice. Vous n’êtes pas un robot (🤖 = travail en polonais 😉 ).

  • Apprenez à télétravailler, Internet est plein de ressources.
  • Une bonne réunion est une réunion bien préparée, une bonne visio est une visio hyperpréparée, comment animer une réunion à distance ? Ressource.
  • Faites des pauses collectives obligatoires, au bout d’une heure, ordonnez à tout le monde de quitter l’ordinateur pour 10 minutes.
  • Buvez. Attention pas de bouteille d’1 litre à côté de vos appareils ! Un verre d’eau moitié plein bien placé sur le bureau suffira.
  • Dès que vous le pouvez aller aux toilettes et resservez vous un verrre. Excusez-vous auprès des autres et quittez le poste pour quelques minutes.
Facilitation graphique animer une réunion à distance
Facilitation graphique par Lison Bernet pour un Afterwork au Lab01 d’Ambérieu-en-Bugey, thème : “Animer une réunion à distance”
Facilitation graphique animer une réunion à distance
Facilitation graphique par Lison Bernet pour un Afterwork au Lab01 d’Ambérieu-en-Bugey, thème : “Animer une réunion à distance”

Désintox : de moins en mieux

Ok. Vous êtes arrivé ici. Maintenant, il est temps de poser des questions simples mais absolument essentielles. Je suis médiateur numérique. Pourquoi je fais ce métier ?

  • Parce que j’aime ce métier.
  • Parce que c’est un métier, juste un métier pas un sacerdoce. Avec l’expérience, il faut apprendre à se déconnecter. Lors des mouvements de décembre 2019 contre la réforme des retraites, les travailleurs du numérique avait demandé ce droit : la déconnexion.

Comment, diable, j’ai commencer mon métier ? Par un blogue. C’était le 2 mai 2012. J’avais rédigé un manifeste. Aurélien Saison 1 Episode 1. Je dois dire que relire ce texte en période de confinement, ça me fait quelque chose. Un sentiment de fierté mêlé à l’inquiétude. Comme si le sillion se creusait dans du sable…

Quand travaillerons-nous à créer un numérique plus sain, plus accessible, plus simple, moins énergivore, moins omni-présent, pour le grand nombre d’entre-nous ?

Quand apprendrons-nous collectivement à nous saisir de ces outils, pour pouvoir les reposer sur l’établi au soleil couchant ? De quoi avons-nous besoin ? Comment vivre de moins en mieux ?

Comment lutter contre le start-upeur solutionniste, ce prohète monstrueux qui sommeille en nous ? Il est temps de se désintoxiquer.

🎵🎤“They try to make me to go to rehab and I say No No No

Arrêter le consulting, devenir jardinier. Lire des bouquins, ressortir les K7, les VHS, les pentax, les polaroïdes, et les pelloche 8 millimètres.

Drôle de révolution, vintage power et formica punk.

La suite au prochain épisode.

Bonus track

Vous cherchez un outil de visio ? Voilà une belle liste.