[Mes activités] Les résidences Commun’Lundi : Tiers-Lieux, documentation et systèmes d’informations

Tous les premiers lundis du mois, facilitateurs, têtes de réseaux ou praticiens des Tiers-Lieux de toute la France se réunissent pour une journée en visios-conférences. On appelle ces résidences apprenantes et contributives les Comm’un Lundi. Après plusieurs mois d’animation, je souhaite tirer un premier bilan et donner des pistes de réflexions.

Les sujets des Comm’un Lundi ne manquent pas :

  • Dokos, le logiciel libre pour la gestion d’un Tiers-Lieux
  • Gestion des Bricothèques
  • Les communs du féminisme
  • Budget contributif
  • Le logiciel Do.Doc
  • Etc…

Des réseaux régionaux de Tiers-Lieux sont maintenant constitués, et certains commencent même à se documenter. Les résidences Comm’un Lundi sont d’ailleurs l’occasion d’évoquer ces deux sujets.

Bannière Commun Lundi

Découvrir MoviLab

C’est dans ce contexte que depuis le mois d’octobre, j’anime des découvertes de MoviLab. Pour rappel c’est le wiki des Tiers-Lieux, on l’ont trouve une foule d’informations. Mais beaucoup peinent à contribuer…
Surtout que les Tiers-Lieux ayant bénéficié d’argent public (je pense aux Fabriques de Territoires) sont obligés de partager leurs expériences sur ce wiki. La manière forte n’est pas la meilleure surtout quand la formation à la documentation est pratiquement inexistante…

Ces sessions de découvertes ont permis à plusieurs Tiers-Lieux et réseaux régionaux de mieux appréhender le wiki et sa méthodologie. Cependant, je souhaite aller plus loin et tirer un premier bilan me semble nécessaire après quelques mois.

Les freins :

  • Spatial : il est difficile de faire passer le sel de la contribution en distancielle. En un mot ça manque de pratique !
  • Temporel : une heure par mois et la documentation, c’est un vrai métier.
  • Les bons points :

  • De plus en plus de personnes sont convaincus de l’importance de documenter ses expériences, ses trouvailles, ses questionnements… pour ne pas réinventer la roue et sédimenter les couches de son histoire.
  • J’ai vite abandonner la contribution à MoviLab pour aller vers la découverte du wiki et de la méthodologie. Que trouve-t-on ? Des Tiers-Lieux, des formats, des événements, des échecs et des réussites inspirantes, des réflexions transdisciplinaires.
  • J’ai pu donner aux participants des premières pages de débrouilles pour commencer à contribuer.
sédimentation couches géologiques
Crédits : John’s Love of Nature Filckr https://www.flickr.com/photos/jakelley/

Conclusion

D’un point de vue général : comme pour tous les communs, c’est la galère. Il est difficile de susciter la contribution. Et ses résidences Comm’un Lundi ne sont pas suffisantes. Elles permettent néanmoins d’expérimenter et de poser des feuilles de routes collectives.

Quelle est la suite ? Selon moi, il y a des besoins de trois ordres :

  • Poser une feuille de route collectives pour démocratiser ce beau commun, ce patrimoine informationnel, qu’est MoviLab. Rejoignez-nous aux résidences Comm’un Lundi, ça se passe ici !
  • Développer les MoviCamp, des formats d’animation et de formations autour de la documentations.
  • Produire des tutos et pourquoi pas un cours en ligne autour de MoviLab et de la documentation des Tiers-Lieux.
    En un mot, il faut professionnaliser, créer des contenus, une offre, un réseau de médiateur pour les systèmes d’informations, de communications et de documentations des Tiers-Lieux.

Pourquoi c’est important ?

Il faut rappeler que MoviLab est une des formes de la documentation des Tiers-Lieux. Les méthodes et les outils sont nombreux. Les services numériques utilisés par les Tiers-Lieux pour coopérer, collaborer, documenter, communiquer se multiplient.

La boîte à outils actuelle :

  • Le Tchat pour une communication asynchrone : chat.tiers-lieux.org.
  • Le Forum pour faire des propositions, ouvrir des débats, exprimer ces questionnements : forum.tiers-lieux.org
  • Les différents Nextcloud pour partager des documents.
  • Communecter dont les vraies utilités et les meilleures fonctions restent méconnues.
  • Les pads hérissons ou hedges docs avec leurs gare centrale permettent de faire de la documentation projet.
  • MoviLab pour la documentation « froide ».

Vous pouvez retrouver toute la boîte à outils ici : tiers-lieux.org

Capture d'écran du site tiers-lieux.org

Envie de rejoindre les débats ?

📅 Pour la prochaine résidence Comm'un Lundi, rendez-vous le lundi 6 février 2023 à 9h30. 
📣 Le programme et les visios seront annoncé ici.
📧 Vous pouvez vous inscrire sur la mailing-list des communs des Tiers-Lieux. 
🌐 Suivez-moi sur les réseaux sociaux pour être tenu informé.
📝 Et vous quel est votre avis, qu'attendez vous des résidences Comm'un Lundi ? Laissez un commentaire.

Un article lié :

Pour Noël offrez vous un Web libre, décentralisé et souverain !

Parce que le numérique, le Web, Internet, c'est pour le meilleur et pour le pire, soutenez Framasoft et la Quadrature du Net !

Crédits photo : Image by Motaz Tawfik from Pixabay

Quelques rappels pour commencer :
Il y a eu Edward Snowden, Aaron Schwartz et l‘idiot de ton village.
Les GAFAM et les BATX* ont des appétits d’ogres. (BATX = Baidu Ali Baba Tencent Xiamoi, les GAFAM chinois) Vos données ne sont pas données. Rêver de géants du numérique européens est… un rêve.

Mais aussi :
Un humain = une page web. On change le monde un octet à la fois. Le Web a d’abord été construit par ses utilisateurs et ses communautés.

En France deux associations se battent pour nos libertés sur Internet et pour un numérique « souverain ». C’est-à-dire un Web décentralisé, gouverné par et pour nous : Framasoft et La Quadrature du Net.

Dans cet article, je ne m’étendrais pas sur Framasoft et ses nombreux outils. J’en reparlerai plus tard avec la V5 de PeerTube que je compte bien utiliser.

🤶 Pour Noël offrez vous un Web libre, décentralisé et souverain ! 
🎄 Soutenez Framasoft !

Pourquoi faut-il soutenir la Quadrature du Net ?

La Quadrature du Net se bat depuis quinze pour nos libertés sur Internet.
Elle besoin de vous pour continuer ces combats.

À mes yeux, il y a deux problématiques importantes, récemment soulevées par la Quadrature ⬇.

La chasse aux précaires

Les Conseillers Numériques France Service qui ont été déployés partout en France sont souvent amené à aider les citoyens les plus en difficulté à accéder à leurs droits (lire ici,
et dernièrement là J’emploie le mot citoyen à dessein, bénéficiaire est réducteur et passif).
Des personnes en double difficultés : sociales et numériques. Certains CNFS sont devenus experts en prestations de la CAF : Allocation Logement, Allocation Adulte Handicapé, Revenu de Solidarité Active… et bien d’autres… Le fonctionnement et la bonne connaissance de cette institution pose une troisième difficulté.

Depuis 2010, la CAF a changé de politique, de l’accompagnement et l’aide vers le contrôle et la chasse aux fraudeurs. Un algorithme établit pour chaque « bénéficiaire » un score de risque évaluant la possibilité de fraude et déclenchant ainsi des contrôles. Ce sont les plus précaires qui sont visés. Des personnes se retrouvent broyées par la machine et sans ressources pendant plusieurs mois voire plusieurs années.

Je n’invente rien. La presse a fait un travail sérieux sur le sujet. Je recommande notamment la lecture de cette enquête de Benoît Colombat de la cellule investigation de Radio France. La Quadrature du Net est justement cité car elle souhaite traiter le sujet en 2023.

Ayant formé des CNFS, je trouve cette politique ahurissante. D’un côté on dématérialise les démarches administratives et les services publics, on forme et déploie 4000 personnes pour accompagner les citoyens, tandis que de l’autre on multiplie les contrôles.

La question de l’algorithme et de son ouverture me semble des plus importantes (cf article de Benoît Colombat plus haut), à condition de savoir ce qu’est un algorithme. En terme de médiation numérique, l’enjeu est de taille.

Les étudiants sous surveillance

Les étudiants de Paris VIII se sont mobilisés contre TestWe, une start-up qui souhaitait pousser très loin la surveillance des examens en distanciel. C’est à lire ici et ça fait froid dans le dos.

Cette mobilisation a porté ses fruits avec l’intervention de la Quadrature devant le tribunal administratif de Montreuil. Il faut noter cette victoire, elle donne de l’espoir !

Passez de bonnes fêtes !

🤶 Pour Noël offrez vous un Web libre, décentralisé et souverain !  
🎄 Soutenez la Quadrature du Net !

Des supports d’animation pour vos ateliers de médiation numérique en Tiers-Lieux

Dans mes activités, je suis souvent amené à créer des supports de formation ou d’accompagnement. Il s’agit de rendre vivant ce que l’on veut transmettre, donner une trame et des objectifs, susciter l’intérêt, piquer la curiosité, donner à voir. Si le premier sens, la vue est important, les apprenants seront plus sensibles à ce qu’ils entendent, ce qu’ils touchent et surtout ce qu’ils font.

Je vous partage donc des supports que j’ai créée pour des séances d’animations en Tiers-Lieux. Je vais d’abord rappeler le contexte. Puis je vous donnerai un exemple précis pour expliquer comment utiliser ces supports.

Deux mots de contexte

En 2020, alors que je travaillais au Lab01 nous avons lancé l’Éole => L’École du Lab enthousiaste. Tout est documenté sur Movilab :

Née pendant la période de confinement, l’ÉOLE fut d’abord des rendez-vous réguliers en lignes. Des cours de culture numérique suivi d’échange donné à distance par visios-conférences.

Lors du déconfinement, l’ÉOLE est devenue une école en présentielle avec des cours deux fois par semaine. Nous avons développé une dizaine de cours et parfois l’ÉOLE consistait simplement à répondre aux questions et problématiques des participants.

Ces cours ont permis à des entrepreneurs débutants d’avancer sur certaines de leurs problématiques. Ils ont également permis à d’autres usagers de mieux comprendre les enjeux du numérique : communication, médias sociaux, sécurité, bonne hygiène numérique…etc.

Exemple : Initiation à l’impression 3D

Le Lab01 est un FabLab avec ces machines et son imprimante 3D. Les demandes d’usages et autres questions étaient évidemment récurrentes.
Pour l’Éole, j’ai donc créer un support où j’ai tenté d’être le plus exhaustif possible dans la limite des possibilités du Lab01 (machines, logiciels…etc…).

D’abord poser une simple question : pourquoi imprimez en 3D ? Et répondre par les différentes technologies, les usages et les métiers. C’est-à-dire qui va faire de la conception et impression 3D et pourquoi. J’ai pris le temps de détailler chaque étapes avec de nombreux exemples.

En projetant le support sur écran, j’utilisais l’environnement du Lab : les machines, les logiciels sur ordinateurs, des pièces imprimés en 3D, je faisais faire des test au scanner 3D. Certes le support pose les bases de la théorie de l’impression 3D en FabLab accessible au plus grand nombre. Le discours s’articule à la pratique. Montrer le matériel, montrer, démontrer, faire faire, faire toucher, faire utiliser, rentrer dans la matière, être concret.
On ne peux pas tout dire dans un support. Exemple : les détails sur la température de chauffe, la sécurité, le réglages des machines qui varient d’un FabLab à l’autre. Lancer la pratique après le support permet de mieux répondre aux besoins exprimés par les participants exprimés en début de séance.

⬇💻 Support d'animation pour une initiation à l'impression 3D.

Comment utiliser ces supports ?

Pour l’ÉOLE, j’ai créé une dizaine de supports libre d’utilisation, de modification, et de réutilisation. Ils sont licence Creative Commons CC-BY 2.0.
Des ressources librement partagées et à modifier et améliorer sans modération. Vous pouvez les télécharger, les modifier et vous inspirer. L’objectif est de les réadapter à votre sauce, à votre Tiers-Lieux, à votre territoire, vos contraintes, vos usagers. Ils permettent de faire une petite programmation dans votre Tiers-Lieux avec des ateliers récurrents une à deux fois par semaine. Ces supports s’adressent avant tout aux débutants.
Bien sûr, ce travail est soumis à vos critiques. Elles sont plus que bienvenues dans les commentaires.

🌬 Découvrir l'ÉOLE, et les supports d'animation pour vos ateliers de médiation numérique en Tiers-Lieux.

Profession de foi

Ce texte est extrait du livre “Le temps des algorithmes” de Serge Abiteboul et Gilles Dowek, chercheur à l’INRIA (Institut national de recherche en informatique et en automatique).
Cette page est une belle démonstration de l’importance de la culture et des usages numériques pour donner au plus grand nombre la possibilité “d’échanger des informations” et donc participer à la vie démocratique, sociale, économique. Je fais lire ce texte en formation de médiation numérique, il me sert de profession de foi.

La participation des citoyens à la vie démocratique

La pensée informatique […] décrit de nombreuses activités humaines comme de simples échanges d’information. Le gouvernement des états et des collectivités locales est l’un domaine dans lesquels cette vision est la plus exacte : dans les boulangeries nous transformons de la farine en pain, dans les usines du métal brut en voitures, mais dans le gouvernement ou des États ou des collectivités locales, nous ne transformons que de l’information. Le maire ne fait que parler, convaincre, décider, abriter, etc. Il touche rarement une pelle ou une truelle. Les institutions politiques sont des processus purement informationnels.

Différents systèmes politiques : dictature, démocratie directe, démocratie représentative, etc. ne sont que différentes manières d’organiser les échanges d’informations. Dans une dictature, l’information descend du dictateur au peuple. Dans une démocratie directe, l’information est transmise de l’assemblée des citoyens aux personnes en charge d’appliquer les décisions.
Dans une démocratie représentative, le flot d’information est plus complexe encore : des candidats aux citoyens, sous la forme de programmes, des citoyens aux agents chargés du décompte des voix, lors des élections, enfin des représentants élus aux personnes en charge d’appliquer les décisions.

Dans l’analyse de ces systèmes, une question essentielle est celle de la quantité d’information échangée par les agents. Si tous les cinq ans, par exemple, nous votons pour élire le chef de l’État, parmi trente-deux candidats, chaque citoyen transmet à la collectivité cinq bits d’information à chaque élection – car 32 = 2⁵

Le débit d’information du citoyen vers la collectivité est donc de cinq bits tous les cinq ans, soit un bit par an. En ajoutant les élections législatives, locales, etc., les élections, dans leur ensemble constituent un canal de communication dont le débit est de cinq ou six bits par an, soit pour employer une unité plus courante, de l’ordre de 0.0000001 bit par seconde.
Par comparaison, le débit montant de notre box domestique est **de quelque dix mille milliard de fois supérieur.

Serge Abiteboul et Gilles Dowek in Le temps des algorithmes (p.99 chapitre “Gouverner au temps des algorithmes)

Et vous, que pensez vous de ce texte ?



Petite présentation : mon métier et mes services

Ce que je fais

Mon métier consiste à expliquer à votre grand mère le fonctionnement d’Internet. J’aide votre entreprise à trouver les bons outils pour mieux collaborer, coopérer, communiquer sur le Web (oui, j’ai mis des majuscules et j’y tiens !). J’aide les citoyens à mieux se saisir des enjeux du numérique.
Et sur un ton plus personnel j’aimerais vous dire ceci : si vous continuez à ne pas faire de sauvegardes et à laisser votre ordi ouvert et non verrouillé en plein milieu de l’espace de coworking quand vous vous absentez, vous risquez de gros problèmes à court-moyen terme. Sur ce terrain là aussi, je peux vous aider.

Le numérique est central dans la vie quotidienne pour le pire comme pour le meilleur. Je vous accompagne pour ne plus subir et être acteur. Il s’agit de donner au plus grand nombre la possibilité de participer à la vie démocratique, sociale et économique.
Je réalise des formations et des contenus pédagogiques. Je vous accompagne pour des usages numériques plus sains, plus libres, plus ouverts. À l’écoute, je mets l’apprenant au centre, je reste près de vos besoins et de votre réalité. Je veille et je me forme en continu aux différents métiers et compétences du numérique.

D’où je viens

Journaliste de formation, c’est dans les Tiers-Lieux que j’ai bifurqué. Tombé dans la marmite il y a dix ans, j’ai découvert la culture numérique en autodidacte. J’ai fondé plusieurs Tiers-Lieux, et j’en ai visité plus d’une centaine en France et ailleurs. Praticien des communs, j’inscris ma démarche dans un réseau et une histoire particulière. Ma culture, c’est les Tiers-Lieux Libre et Open Source. Des espaces d’expérimentation, où se mêlent tous les horizons et enjeux d’aujourd’hui. Les Tiers-Lieux produisent des prototypes et des savoirs aux multiples formes de documentation.

En 2012, j’ai commencé comme bloggeur autour de la consommation collaborative et l’identité numérique. En 2014, à Saint-Etienne, je me suis lancé dans l’aventure Amazing, le média des Tiers-Lieux. Je suis devenu contributeur régulier de Movilab. J’ai appris par essais et erreurs. En 2018 à l’ADEA de Bourg-en-Bresse j’ai systématisé mes acquis avec le Titre Pro Conseiller Médiateur Numérique. Je lance alors ce blog pour partager mes expériences.

Installé à Marseille depuis quelques mois et je propose mes services aux PME, associations et centre de formation dans les Bouches-du-Rhône et les départements voisins (Vaucluse, Var, Gard). Je peux être prestataire sur la région Rhône-Alpes (Rhône et Loire). Je me déplace ponctuellement ailleurs en France.
Si vous avez besoin d’un médiateur ou formateur, contactez-moi.

Nous avons tous besoin de médiation numérique, il y a toujours des choses à apprendre. Pour ma part, j’essaye de me former en ce moment à la méthode Zéro Mail. Si vous avez des ressources, je suis preneur. Et vous, quels sont vos besoins ?

Former les Conseillers Numériques, ce que j’ai appris.

En novembre 2020, Cedric O annonçait la formation et l’embauche de 4000 Conseillers Numériques France Service (CNFS). Je posais la question : qui veut et qui va les former ?

Réponse : moi, c’est ma mission depuis novembre 2021. Au-delà d’un simple constat, j’aimerais partager ce que j’ai appris en tant que pédagogue, formateur et médiateur numérique.

Vous le savez, je prends beaucoup de plaisir à documenter mes pratiques.
Je supporte de plus en plus mal le vacarme enfermant des médias sociaux où chacun est condamné à faire sa pub pour survivre (professionnellement). Je préfère le temps long de l’écriture et de la réflexion. Mon parcours récent a été jalonné d’expériences riches. J’ai pris encore plus de recul sur mon métier pour découvrir le large spectre couvert par le numérique et la médiation.

Avant d’attaquer, deux mots de contexte et de vocabulaire : je délivre cette formation dans une fabrique Simplon et je travaille avec un autre médiateur numérique qui fut dans le passé mon formateur à l’ADEA de Bourg-en-Bresse, Alain Imbaud.

Mon expérience

« On n’enseigne pas ce que l’on sait, on enseigne ce que l’on est. » J’ai piqué cette phrase à Jean-Noël Saintrapt un formateur expérimenté, qui lui même l’a certainement piqué à quelqu’un d’autre.

Pour enseigner au mieux le métier, je suis parti de mon vécu du métier.

En début de formation, j’ai lancé mes apprenants sur un atelier : « Médiation numérique à distance ». Ce cours était basé sur mon travail durant le deuxième confinement (hiver 2020) sur la plateforme d’écoute Solidarité Numérique. À l’époque je répondais au téléphone toute la journée pour aider des personnes en difficultés : des étudiants avec le CROUS, la CAF, Ameli…

Une semaine après ma prise de poste, je reçus l’appel d’un homme en grande détresse psychologique. Il veut se suicider et tant qu’à faire, dans les locaux de la CAF la plus proche devant les caméras de la télévision… Ce jour-là, je fus mis dos au mur. Il fallait tenir. Écouter. Ne pas lâcher. Il me fallu cinquante minutes d’appel, le temps de prévenir mes collègues, de le localiser, de collecter le maximum d’informations, pour passer la main à des personnes compétentes et qui pouvait intervenir chez lui et l’aider.

Pour faire sentir la difficulté et l’urgence de ce type de situation qui croise urgence psychologique, médiation sociale et médiation numérique, je suis allé puiser dans le livre de Loïc Gervais médiateur-écoutant lors du premier confinement. Le livre « Solidarité Numérique, j’écoute ? » m’a donné de nombreux scénarios prêts à l’emploi. Exemple :

Roland appelle depuis Toulon. Il a 84 ans et vit sous respirateur. Dans 48 heures, il doit renouveler sa mutuelle pour que ses soins puissent être pris en charge. Pour cela il a besoin de fournir des justificatifs administratifs. Son auxiliaire de vie ne peut pas venir du fait du confinement. Roland ne sait pas ce qu’il doit faire au juste. Il m’explique que s’il ne fournit pas ses documents dans les délais, il n’aura plus de mutuelle. Donc plus de soins. Et potentiellement plus d’aide pour son loyer non plus. Il termine l’exposé avec sa voix tremblante et faible. »

Ça fait réfléchir, non ?

Des ateliers prétextes

Sur une note plus positive, j’ai fait un atelier « idéation d’une ville idéale en méthode agile avec des légos ». Ça fait rire ? Ça sonne bullshit ? On me dira qu’avec un titre pareil, je vais me faire retweeter par Disruptive Humans of Linked In.

Je répondrais que cet atelier fut un excellent moyen d’initier à quelques notions : c’est quoi un système, un réseau, les Tiers-Lieux, la ville « intelligentes », l’internet des objets, les communs, le big data, les transports, le design, la laïcité (ville = lieux de cultes ?), la surveillance, les start-up et les services publics, la différence entre structures et infrastructures… Tiens on a même parlé d’encadrement des loyers ;-).

Je connais plutôt bien certains de ces sujets : j’ai été co-commissaire à la Biennale du Design de Saint Etienne en 2017 « Tiers-Lieux Fork the World » et j’ai fait des ateliers autour de l’Internet des objets lors de l’exposition « Are you talking to me ? » en 2018 (toujours à Saint-Etienne).

Ce que j’ai appris dans les Tiers-Lieux, je l’ai beaucoup employé dans cette formation : des outils, des méthodes, des processus, d’animation et de facilitation. À commencer par les métacartes « Faire ensemble » de Framasoft. Justement, c’est dans la façon de faire, que je me suis le plus amusé…

lego villesintelligentes
Des briques de légos pour concevoir et matérialiser une ville, un exercice très puissant !

Ma façon de faire

Expérimenter, expérimenter et encore expérimenter… L’enjeu de départ était de créer un groupe et de lancer une dynamique, voir les points faibles et les points forts de chacun, développer l’entraide et la complémentarité. J’ai pris le temps de connaître mes apprenants, je découvre encore leurs façons de faire et leurs méthodes d’apprentissage.

Au début, je faisais beaucoup de « brise glace », « météo » ou encore « énergiseur » pour lancer les journées (merci les métacartes). Je pavais la route pour les apprenants et j’avais peur de lâcher la bride. Est-ce que c’est trop ou pas assez ? Trop de temps ou pas assez de temps ?

Aujourd’hui, après quelques semaines, je me sens comme un MJ dans DD. Je m’explique : Donjons et Dragons (DD) est un jeu de rôle où les joueurs avancent dans l’histoire selon leurs rythmes et leurs envies, l’histoire est raconté par un maître du jeu (MJ).

J’ai fixé les objectifs au départ. J’ai expliciter le métier et déconstruit certaines visions. Les conseillers numériques ont pris le temps en cours de lire et détailler les attendus du référentiel métier. Embauchés, les apprenants travaillent déjà dans leurs structures en alternance.

Les apprenants construisent leurs cours et leurs plannings en fonction des attendus du référentiel. La formation se réinvente au quotidien au gré de l’énergie et la dynamique du groupe. Mon rôle est d’animer, de lancer, de faciliter, de répondre aux questions, de donner de la ressource et d’appuyer les apprenants dans leurs parcours.

En action

Des exemples ? Comme tout bon médiateur numérique, ils doivent faire une veille et mieux encore une veille en commun sur les grandes thématiques du numérique. Tous les jours, ils arpentent et découvrent de nouvelles ressources dans le cadre de leurs formations. Un premier essai, avec l’outil Pearltree s’est révélé peu enthousiasmant.

Certains ont pris l’initiative d’utiliser un nouvel outil (Notion) plus complexe mais offrant plus de possibilités. Je n’avais jamais utilisé ce service web auparavant. Ce sont les apprenants qui m’ont formés et se sont formés les uns, les autres. Je n’ai donc passé une heure et demie à faire un cours avec une prez et des slides. J’ai passé une heure et demie à écouter, à compléter et à questionner ce qui était dit.

Il s’agit de mettre les conseillers numériques en action. En pédagogie on désigne cette méthodologie par l’adjectif « active », apprendre par le faire, par la pratique. Je suis heureux de la pratiquer. Elle demande (un peu) moins de préparation avant la séance mais plus d’activités et d’attention lors des séances. Le risque est de s’endormir, de s’embourber dans un atelier trop long ou de presser les apprenants sur une deadline et leur faire rater l’essentiel. J’ai eu peur qu’elle ne convienne pas à tout le monde. Il m’a fallu un peu de temps pour ajuster ces variables. Il faut écouter les apprenants et prendre en compte leurs retours, surtout quand ils sont mauvais.

Les moments les plus inspirants sont les lancements d’ateliers quand nous décidons ensemble ce que nous allons apprendre pendant les prochains jours. Chaque apprenant vient avec ses besoins, ses demandes et ses envies. Il s’agit apprendre dans la configuration d’un atelier avec une communauté apprenante.

Dans un prochain article, j’aborderais des aspects plus critiques de la formation CNFS. Il sera temps de tirer un bilan. 😉

Bonus track :

➡ 📚 J’ai commencé à constituer une modeste curation sur l’andragogie (formation pour adultes), à découvrir en cliquant ici.

➡ 🤖 Une photo d’un M-BOT. Parce que c’est mignon et que ça ne mange pas de pain.

mbot, robot pédagogique pour apprendre à programmer
MBot, ils sont mignons ces robots pédagogiques pour apprendre à programmer. Crédits photos : les apprenants CNFS

Des armes… partie 2 From Moscow to Saint-Etienne

Épisode précédent : Des armes partie 1 : le Pas de la Manu


RÉCITS VÉCUS ET CHOSES VUES. Il y avait du monde, ce soir de l’automne 2006, au Musée d’Art et d’Industrie de Saint-Etienne. Vernissage, coupette de kir, traiteur, discours. Tout le tin-tin touin. À l’époque on se moquait aisément de moi, car tout jeune que j’étais, j’adorais ce genre de soirée. Que demander de plus ? « Bang Bang Guns Gangs Games et Oeuvres d’Art » c’était  le titre de l’exposition. 

Un invité de marque brillait par son absence : Mikhaïl Kalacknikov. L’ex lieutenant-général soviétique se manifesta par une lettre, adressée aux commissaires d’expositions. Elle fut lue à haute et intelligible voix aux convives. Je vous la partage ici :

La lettre du Lieutenant Général M .T Kalachnikov

« Je vous remercie de votre invitation à venir en France pour participer au vernissage de l’exposition « Bang ! Bang !  » au musée d’Art et d’Industrie de Saint-Étienne. Malheureusement, pour différentes raisons, je ne pourrai prendre part à cet événement, mais je présente sincèrement tous mes vœux de succès aux organisateurs de l’exposition.

J’espère que l’exposition « Bang ! Bang ! » non seulement instruira ses visiteurs dans le domaine de la technique mais fera également comprendre qu’aujourd’hui, malheureusement, sans armes, il n’y a ni paix, ni tranquillité.

Personnellement, je suis devenu constructeur d’armes parce que le 21 juin 1941, la guerre a été déclarée : ma patrie a été attaqué par l’Allemagne fasciste. Après avoir combattu pendant trois mois seulement en tant que chef de char T-34, j’ai été blessé lors des terribles combats près de Briansk. Me retrouvant à l’hôpital, j’ai commence à faire mes premiers dessins techniques, bien que je n’aie ni formation ni expérience particulière dans ce domaine. Mais j’étais jeune et je voulais ardemment créer une arme qui apporte non seulement à notre pays mais au monde entier, la victoire si désirée sur l’Allemagne fasciste.

Une ARME apportant la LIBERTÉ, la PAIX, le BONHEUR aux hommes.

Voilà quelle étais ma motivation pour qu’apparaisse, après des années de recherches, l’AK-47, célèbre dans le monde entier, une arme automatique née dans le but de faire rapidement la paix sur terre.
J’ai crée cette arme pour la défense des frontières de ma patrie.
Ce n’est pas la faute de son constructeur si cette arme est utilisée à d’autres fins.
Seuls les hommes politiques en sont coupables.

Avec tous mes meilleurs vœux,

Le Lieutenant Général M T.Kalachnikov,
Constructeur d’armes. »

Photocopie de la lettre de Kalachnikov au Musée d’art et d’industrie de Saint-Etienne (Livre d’or)

Ces mots me furent l’effet d’un choc, comme une balle qui claque sur un mur. J’eus l’intuition d’être en présence d’un document important. Immédiatement, je demandai une photocopie à la commissaire d’exposition. 

Cette lettre est restée longtemps affichée dans les divers appartements que j’ai habité comme un talisman, un totem, un avertissement en forme de questions irrésolues. Je pourrais lancer des boutades : « L’enfer est pavé de bonnes intentions. » « Jeune et con. » 

Il existe toutes sortes de boutades, mais aucune n’est innocente :Fallait-il le faire ? Y-avait-il un autre moyen ? A qui la faute ? Blâmer les politiques n’est-ce pas un peu facile ? La science, la technique, le progrès, toujours un pas pour l’humanité ? Evolution/Evil-ution ? Einstein a travaillé sur la fission nucléaire, mais est-il le père de la bombe ? Les fondateurs du Web et d’Internet sont-ils responsables de ce qu’il est devenu ? 

J’aimerais voir autre chose dans les mots de Mikhaïl Kalachnikov. Un rappel à notre volonté, notre détermination, notre puissance, nos responsabilités, notre souveraineté. Nous, les citoyens, les sujets, les non-élus.

On pourrait résumer l’histoire ainsi : Un gamin diminué sans compétences peut inventer un objet exporté à 100 millions d’exemplaires dans le monde, présent sur le drapeau de six pays, donner son nom à une arme et à une flopée de rappeurs… 

Je sais cette lettre n’est qu’un récit de plus. Another brick in the wall. Né en URSS, Kalachnikov fut stakhanoviste, aux USA il aurait été un « self made man ».

Le Pas de la Manu

C’est pourquoi j’ai aimé la BD de Baptiste Deyrail.  « Le Pas de la Manu », qui raconte à hauteur humaine la création dans les années 1970 du fusil mitrailleur moderne français, le M16 gaulois, l’AK47 stéphanoise, le fameux F.A.M.A.S : Fusil d’Assaut de la Manufacture d’Armes de Saint-Etienne. Au quotidien, par tâtonnement, par essais et erreurs, petits arrangements entre amis, on fabrique des armes. Mais pas que. On utilise les machines à d’autres fins. Les ouvriers créent des objets pour eux-même : bague de fiançailles en inox, plateaux et pignons pour réparer le vélo… On perruque des trucs et des machins. Et un jour, par le hasard des contingences naît une idée qui va temporairement sauver l’usine. C’en est alors fini des arrangements, chacun doit jouer carte sur table. Les petits arrangements s’institutionnalisent. « Le Pas de la Manu » c’est une histoire crédible dont l’effet de réel nous purge de tout questionnements abstraits. Fabriquer une arme, avaient-ils le choix ? Boutade : fallait bien faire tourner l’usine et nourrir les ouvriers et leurs familles.

Des armes au design…

Cette usine là, je la connais à ma façon, à hauteur d’homme, je veux dire ma hauteur.J’ai arpenté le quartier de la Manufacture rebaptisé à partir de 2013 en « Cité du Design – Quartier Créatif ». J’ai animé, participé, organisé de nombreux événements. J’ai été concierge (facilitateur) d’un FabLab. C’est entre les H, le bâtiment de l’horloge, le Mixeur, OpenFactory, la Platine, la salle des machines, que je suis devenu le médiateur numérique que je suis aujourd’hui. Entre deux Biennales du Design, on ne chômait pas ! Nous vivions notre révolution industrielle pour le pire comme pour le meilleur. Nous partions en Tour de France du Télétravail, remixer des musées, animer des rencontres éphémères, ouvrir de nouveaux lieux à la campagne, échanger avec d’autres praticiens ; inviter les belges, les suisses, les ivoiriens, les aquitains, les lyonnais… chez nous, à Saint-Etienne, il se passait quelque chose.

Nous avions une culture des Tiers-Lieux à la stéphanoise. Nous avons appris qu’un Tiers-Lieux ne se décrète pas, on fait Tiers-Lieux !  

Histoire d’une épigraphe

À l’époque, un chercheur en sociologie était en immersion à Saint-Etienne. Cheville ouvrière du Manifeste des Tiers-Lieux Libres et Open Sources en 2013, Antoine Burret entendait aller plus loin. Il s’attelait à la rédaction d’un livre avant de finir sa thèse, il lançait une invitation à s’intéresser au sujet… et plus si affinités.

Nous étions en 2014… et Daesch faisait les gros titres. Comme une boutade, j’avais posé la question : ce serait quoi le DaeshLab ? Que se passerait-il si nos connaissances, expériences et savoirs que nous partagions volontiers comme un code libre et open source tombaient en de mauvaises mains ? Si des organisations terroristes ou des groupuscules extrêmes faisaient Tiers-Lieux a leurs tours ? Des armes biochimiques en open source ? Des revolvers imprimés en 3D ? Des kalachnikovs low-tech fabriqués à partir de déchets ? Des cyber-armées ? (Oui, ça existe !)

Que pourrait-il arriver ? Que pouvait-il advenir de notre culture contributive ? Pour le pire et le meilleur ? Plus globalement les mêmes questions se posaient déjà pour Internet, les utopies des débuts prenant depuis dix ans une tournure bien sombre. 

Un soir, alors qu’il rédigeait son livre, j’ai parlé de la lettre de Kalachnivkov à Antoine Burret. Un extrait de la lettre de Kalachnikov devait servir d’épigraphe au livre…  et les frères Kouachi passèrent par là… Finalement la citation fut relégué à l’épigraphe du chapitre 2 « L »invention des tiers-lieux ». 

« Voilà qu’elle était ma motivation pour qu’apparaisse, après des années de recherches, l’AK-47, célèbre dans le monde entier, une arme automatique née dans le but de faire rapidement la paix sur terre. J’ai crée cette arme pour la défense des frontières de ma patrie. Ce n’est pas la faute de son constructeur si cette arme est utilisée à d’autres fins. Seuls les hommes politiques en sont coupables. »

Mikhaïl Kalachnikov

Il nous semblait important de laisser un avertissement quant à ce que nous participions à construire.  

À suivre…

Edit : correction le 7 décembre 2021

Des nouvelles, de mots et de chiffres

Bonjour à tous, malgré le manque d’activité ces derniers mois sur ce blog, le nombre de visiteurs a sensiblement monté pour atteindre 2000 certains jours. C’est un petit exploit et je vous en remercie.

J’ai lancé ce blog pour partager mon métier et ma passion (respectivement et inversement) : le numérique et l’écriture. J’aime jouer avec la frontière, j’aime quand elle est ténue, qu’elle semble se dissiper.

Le numérique, le web et Internet, particulièrement, permettent l’échange, la conversation, la publication, la rencontre.
Bref, je dis des banalité et je navigue entre utopies et réalités quotidiennes. Je préfère laisser la parole à Benjamin Bayart avec cette phrase lu un jour sur le blog affordance.info :

« L’imprimerie a permis au peuple de lire, Internet va lui permettre d’écrire » .

Benjamin Bayart

La route est longue mais la voie est libre, comme on dit. À ce propos j’ai accumulé un texte qui en dit long, ça s’appelle « Les monstres chiffrées » et ça se lit ici.

Mon monde en 4/3

Depuis 2012 je m’intéresse et je suis de près le mouvement des Tiers-Lieux Libres et Open Sources.
Tiers, voilà un mot, une pensée bien française. Et le langage joue avec le cerveau. Tiers-État. Tiers-Monde. Tiers-Lieux. C’est donc un peu par intérêt et surtout par curiosité que je m’étais abonné en 2014 à une chaîne YTube intitulé « Le Tiers-Livre ».

Un Tiers de plus, pourquoi pas ? Mais, le croirez-vous, ce n’est qu’en 2018 que j’ai finalement regardé une vidéo de cette chaîne.
Il s’agit d’un écrivain : François Bon. Au compteur : une trentaine de livres publiés chez minuit, des biographies de Lovecraft, des Stones et de Bob Dylan.

L’écrivain propose des ateliers d’écriture via son site Internet et YTube. Chaque semaine, François Bon fait une proposition avec consigne en vidéos de 30 à 40 minutes. Renvoie les écrivants à un texte précis. Puis il publie les textes sur son site, comme un espace d’édition ouvert et participatif. A l’été 2018 François Bon lance un atelier « construire une ville avec des mots. »

Présentation de la chaîne de François Bon

Tiers-Livre, les ateliers

Depuis l’été 2018, j’ai suivi quatre à cinq cycles d’ateliers. François Bon propose des cycles d’été et d’hiver. Les ateliers se sont améliorés vers plus d’entraide et de participation. Chaque participants a maintenant la charge de publier ses textes sur un WordPress commun. Nous nous réunissons par visio toutes les semaines. Et bien sûr il y a un groupe d’entraide sur Facebook (grrrr…).

Les écritures sont foisonnantes. Ça croise, ça trame, ça décroise, ça construit et déconstruit. J’aime ce laboratoire à ciel (à web) ouvert. Les ateliers du Tiers-Livre ouvre un large champ de possibles et de questionnements sur l’écriture et la littérature à l’ère du numérique.

Cet été, François Bon a décidé de faire un double cycle dans un atelier :
– Progression (pour progresser) et
– Faire un livre (pour faire un livre (c’est explicite en fait)).

Pour nous lancer, François Bon nous a fait travailler un prologue « 100 mots et de l’eau » autour d’un texte de Francis Ponge. Résultats : 164 contributions et un livre et un livre à commander.

Lancement de l’atelier d’été 2021

À lire !

Francis Ponge, Antonio Tabucchi, Gina Pane, Ryoko Sekiguchi, Henri Michaux, Franz Kafka et tous les participantes et participants du Tiers-Livre (ça approche la centaine)… J’ai découvert et redécouvert de nombreux écrivaines, écrivains et artistes avec leurs points de vues et leurs esthétiques. Il ne s’agit pas de tout connaître par coeur, de devenir cultivé ou post doc en littérature comparé… Non, simplement s’appuyer sur l’écriture de ses auteurs pour creuser et explorer la sienne, pour trouver son propre langage. Il ne s’agit pas d’un MOOC « écrivez votre premier roman en 10 chapitres », non il s’agit de trouver son propre langage et sa propre voi(e)x. C’est beaucoup plus intéressant et ça me plaît !

Vous pouvez nous (me) lire ! Vos retours seront les bienvenues ! Courtoisie et bientraitance sont demandées !

  • Le site de François Bon : https://www.tierslivre.net/
  • Les ateliers du Tiers-Livre : https://www.tierslivre.net/ateliers
  • Ma page auteur : https://www.tierslivre.net/ateliers/author/amarty/
  • J’aime même ouvert un blog sur Plume (un média social fédéré) : Les Pixels sur le toit

Où se fabriquent les armes…

« Le Pas de la Manu »
Baptiste Deyrail
Edition Actes Sud l’An 2

EN BREF – Une question me semble nécessaire : comment et pourquoi le FAMAS-F1 a-t-il été inventé ? Peu de gens le savent mais le FAMAS, le fusil mitrailleur porté autrefois par les soldats français, est un sigle qui se décompose ainsi : Fusil d’assaut de la Manufacture d’Armes de Saint-Etienne.
Bienvenue à la Manu, trois siècles de fabrication d’instruments de morts. La ville dans la ville, le fort, la zone militaire. Franchissez le portail de fer forgé surmonté d’aigle d’or Napoléon III. L’accueil se fait arme au poing. Quand l’ouvrier a fini son quota de pièce pour la journée, il peut utiliser les machines pour bricoler ses créations, c’est la fameuse « perruque ». De l’intelligence et du hasard peut naître le meilleur ou le pire.

Baptiste Deyrail a mis du coeur à l’ouvrage. De la lourdeur du noir et blanc, où se mêle le travail ouvrier et l’ambiance d’époque d’une ville ouvrière, se détache une fiction très près du réel. Des visages, des mimiques, des expressions, que l’on croît volontiers familiers.
Les personnages dépassent des cases car tout est là : les différents langage – celui de l’usine comme le patois de la ville – les rites qui marquent la vie de l’usine, les différents ateliers et services, les arrangements entre les uns et les autres ; une peinture réussie de la quotidienneté, sur chaque page les anciens de la Manu nous racontent leur histoire.

Pour mener à bien son travail Baptiste Deyrail a collecté des témoignages et a fait un vrai travail d’investigation. Il connaît bien les lieux : il est passé par l’Ecole d’Art et Design qui occupe actuellement les bâtiments de la Manu. Ce quartier, je le connais bien aussi, et j’ai deux-trois histoires à vous raconter. A suivre…

Tribune de la Ligue des Médiateurs Numériques

En BrefSuite à l’annonce de la formation de 4000 conseillers sur deux ans, un collectif informel s’est crée : la Ligue des MédNum.

Une tribune a été rédigé à plusieurs mains : « Pour un numérique à échelle humaine ».
Elle a d’ores et déjà recueilli plus de quatre-vingt signatures, dont la mienne 😉.

10 propositions pour accompagner les conseillers numériques dans le cadre du plan de relance :

  • Mobiliser l’ensemble de l’écosystème territorial
  • Accompagner les conseillers numériques
  • Renforcer la mise en réseau des acteurs
  • Consolider les postes existants
  • Intégrer les questions de posture professionnelle de médiation dans les formations
  • Évaluation
  • Pérennité
  • Autonomisation
  • Prise en compte de la diversité des populations accompagnées
  • Développer l’accessibilité des sites de l’État et des services publics

Pour découvrir l’ensemble de la tribune et la signer cliquez ici.

Image par M W de Pixabay

Je suis tombé amoureux

Encore samedi dernier, je suis tombé amoureux. Un de mes librairie préférée avait ré-ouverte. Il avait une couverture intrigante. Du poids, de la matière, un parfum d’encre et de papier. Les couleurs vibraient sous mes doigts. J’ai ouvert les pages et je me voyais déjà sur mon canapé à lire.

J’aime les livres 📖. C’est une vraie passion et j’aimerais vous la partager. J’inaugure donc la catégorie « Amour des livres » sur ce blog.
Bien sûr, je parlerais médiation numérique, tiers-lieux et pédagogie… mais pas que.
Pour la première, je vous réserve une petite surprise.

A bientôt 😉

Crédits : Aurélien Marty.

Qui veut former les conseillers numériques?

Image par MartinL21 de Pixabay

Qui ? Quoi ? Pour quoi faire ? Et comment ?

Le 17 octobre dernier se tenait « Numérique en Communs », l’événement en ligne a réunit les acteurs de la médiation numérique dans leur grande diversité.
Cédric O, secrétaire d’Etat au numérique, a annoncé la formation et l’embauche de 4000 conseillers numériques sur toute la France, le tout financé par l’Etat.

Un site Internet dédié de mise en relation candidats et recruteurs a été créé.
Ce sont d’abord les collectivités locales qui sont encouragées à recruter, viendra ensuite le secteur privé. Est financé : une formation de 350 heures et le poste à 100% sur deux ans ou 70% sur trois ans. Bien entendu, l’annonce n’a pas manqué de susciter débats et réaction au sein de la profession.

C’est pas du gâteau…

Qui va former les futurs conseillers numériques ?
4000 personnes à former jusqu’à fin 2022, le gouvernement veut créer un électrochoc pour aider le plus grand nombre à avoir prise sur le monde actuel.

Cela se traduit aussi par un gros gâteau 🍰 qui arrive sur le marché de la formation.

Mais qui ? Les centre de formation traditionnels type AFPA ou GRETA, les associations d’éducation populaire, les structures départementales ou régionales de médiation numérique déjà existant.e.s, les gros opérateurs connus pour leur formation au codage type Simplon… On risque d’assister au mariage de la carpe et du lapin, un choc de vision et de culture.

Dans les faits pour démarrer une session de formation il faut aligner trois planètes sur le même territoire : un groupe d’apprenants motivés, un groupe d’employeurs volontaires, et un organisme de formation légitime et compétent ; le tout sur un métier peu connu, là où les besoins sont hyper-connus…

Qui connaît un peu le monde de la formation professionnelle sait que selon le paysage sur lequel on est implantés, cela peut se révéler plus ou moins difficile. C’est pas du gâteau…

Et si l’Etat veut laisser la main aux collectivités locales, espérons que ces dernières vont saisir l’opportunité. Il faut des élus volontaires, conscients et informés… La médiation numérique doit être comprise comme un service public d’utilité locale. C’est pas du gâteau…

Quels contenus, quel référentiel pour la formation ?

D’autant plus que le financement s’étale sur deux ans, et après ? Qui financera les postes ? Que deviendront les conseillers numériques ? Ce qui nous amène au prochain débat :

Pourquoi conseillers numériques et pas médiateurs ? C’est peut-être un détail pour vous, mais dans les jours qui ont suivi l’annonce, la profession a défendu le second mot contre le premier.
Si le conseiller se limite à donner des indications, le médiateur tend vers l’autonomisation des personnes qu’ils accompagne. En somme « faire avec » > « faire à la place de » mais ce débat est loin d’être terminé. (A lire : les palimpsestes de Gérard Elbaze).

⌚ 350 heures de formation = 📅 10 semaines de cours, soit l’équivalent d’un certificat de compétence professionnelle. Pour vous donner une idée, c’est un peu moins que ma formation à l’ADEA pour un CCP (la mienne en comptait trois 📅📅📅 pour faire un titre pro 👨‍🎓).

Depuis ma place, sur le terrain, je peux vous assurer qu’à long terme cette courte formation ne permettra pas aux futurs conseillers numériques d’évoluer et de s’épanouir professionnellement.

Le métier vous oblige à apprendre continuellement, et apprendre ça s’apprend.

Sur le site du gouvernement, une offre de services et des missions d’accompagnement ont été clairement définis. On retrouve le basique, ok mais de mon point de vue, la médiation numérique ne peut se limiter à ce périmètre. Le numérique est transversal. Certains parlent même de développement territorial. La réalité du terrain et la diversité des besoins entre particuliers, publics et entreprises forment un ensemble complexe.

Promotion sociale

On m’arguera que c’est un premier pas, qu’il faut commencer quelque part, que « de 350 000 € autrefois on est passé à 250 millions ». Oui mais, j’y vois un risque, un effet pervers.

Comme les collectivités seront libres de choisir la personne recrutée, ce sont des diplômés avec CV et années d’expériences qui vont prendre ces futurs postes pour opérer une reconversion professionnelle, au détriment de personnes « éloignés », « en difficulté » qui aurait bien besoin de comprendre le numérique. Et quoi de mieux que de transmettre pour comprendre. Les 350 heures deviennent tremplin, plus qu’un lancement. 🏄‍♀️> 🚀

Dommage, c’est un très beau métier pour faire de la promotion sociale. Aider « les plus éloignés du numériques » ce n’est pas simplement l’accès aux droits et le travail. C’est l’expression citoyenne, l’utilité sociale, la culture. Oui, je sais ce sont des grands mots et des vastes sujets mais c’est pour ça que j’aime le métier.

Soyons ambitieux, suscitons des vocations chez nos publics les plus en difficulté. Pensons sur le long terme, envisageons des parcours de long terme.

Dans les 350 heures de formation il y aura des sciences sociales nécessaires au métier, quid de l’apprendre à apprendre absolument nécessaire pour évoluer sur le marché du travail aujourd’hui ?

Cette formation devra être complétée plus tard. Avec quoi ? Les deux CCP restants de la formation Responsable d’espace de médiation numérique qui remplacera celle de Conseiller Médiateur Numérique l’été prochain ? 🧩🧩= 👩‍🎓 Mais là encore, qui dispensera ces formations ? Et surtout, en 2021… 🦠

Comment ?


En 2021, le Covid sera toujours là. Le télétravail, les MOOCS se sont popularisés, Digital Learning Manager devient un métier à la mode.
Alors comment former tout ce beau monde ? Présentiel vs distanciel. Sur LinkedIn, c’est Yann VandePutte, ingénieur de formation à l’AFPA, qui fut le premier à poser la question à la profession. Je reproduis ici ma réponse :

Il ne s’agit pas de faire la guerre présentiel vs distanciel. Les deux présentent avantages et inconvénients. Je pense que la plupart de la formation doit se dérouler en présentiel mais qu’une part de distanciel est nécessaire.

Pour plusieurs raisons :

  • Apprendre à sa promo le travail collaboratif en processus ouvert.
  • L’autonomie et l’autodiscipline, la débrouille.
  • Pousser ses apprenants à travailler et utiliser de nouveaux espaces : bibliothèques, tiers-lieux… etc…
  • L’apprendre à apprendre.

Lors de ma formation Conseiller Médiateur Numérique à ADEA formation(s) de Bourg-en-Bresse, nous avions fait un SPOC 🖖 (small private open courses ) durant une semaine sur la culture numérique avec des extraits de cours de Hervé le Crosnier (je recommande).
Nous devions rendre des travaux ensemble (travailler en groupe). Chacun avait la liberté de pousser le cours plus loin et d’en apprendre plus. Mais nous ne sommes pas tous égaux face à l’apprentissage et au numérique… Boucle bouclée.

Revoir Numériques en Communs.

Edit du 9 décembre 2020 : le marché public pour la formation des conseillers numériques est publié.


Faire École Ensemble, une communauté contributive

Crédits : Pixabay

A la (re)lecture de mon CV, je me suis rendu compte qu’il manque beaucoup d’expériences.

Ce qui fait mes compétences, mes savoirs se trouve entre les lignes.
Tous les événements, les offs, les communautés contributives, les Tiers-Lieux, auxquels j’ai participé ces dernières années m’ont permis de voir plus loin et d’apprendre plus vite.

Comment reconnaître toutes cette richesse ?

C’est tout l’enjeu de la contribution. Depuis le premier confinement, j’aide l’association Faire École Ensemble. Le but est d’aider les professeurs à transformer leurs pratiques pédagogiques avec le numérique.

Quel numérique voulons-nous à l’école ? « Du logiciel libre et contributif évidemment ! » répondrais-je du tac au tac, mais je ne peux m’arrêter là. En tant que Conseiller Médiateur Numérique, ce n’est pas une mince affaire.

La semaine dernière en prévision des États généraux du numérique pour l’éducation nous, les contributeurs de la FÉE, nous sommes réunis pour faire un pré-sommet : les États généraux du numérique éducatif libre.

C’est exactement ce type d’événement qui ont fait le médiateur numérique que je suis aujourd’hui : de l’intelligence collective, des réunions bien préparées et bien animées, de la documentation avec des pads et des wikis, des profils très divers (profs, ingénieurs, designers, fonctionnaire et j’en passe), donc des points de vues et des échanges riches.

Au final nous avons fait des propositions pour les États Généraux du numérique pour l’éducation (l’officiel). Elles ont été (un peu) écou(r)té. Elles se résument ainsi :

  1. Reconnaître la contribution des enseignants aux communs, qu’ils s’agissent de ressources ou de logiciels libres.
  2. Participer à la création d’une fabrique des communs pédagogiques
  3. Pérenniser et ouvrir apps. edu

➡ Découvrir l’ensemble de l’intervention de la FÉE aux États Généraux du Numérique pour l’éducation. 🏫

J’ai pour ma part participer à l’atelier « Formation et Culture numérique (pour les étudiants/élèves/profs) »… évidemment la question de la médiation numérique est vite arrivée sur la table. Nos échanges constituent, je pense, des ressources précieuses pour l’avenir.

Pourquoi proposer du logiciel libre ? Il ne s’agit pas de jouer au militant, ni de faire des directives bombardées d’en haut. Il faut accompagner aux usages pour que la communauté éducative s’émancipe et devienne contributrice à son tour.

La deuxième journée des États généraux du numérique libre et des communs pédagogiques aura lieu le mercredi 18 novembre 2020.

J’ai mal à ma Visio-Conf – du risque d’épuisement cognitif en période de confinement

Une petite fille qui a fait trop de visio-conférence pendant le confinement
Photo by Henrikke Due on Unsplash

15 heures en 6 jours ouvrés du vendredi au vendredi moins samedi et dimanche.
Oui j’ai pris le temps de compter. De noter méticuleusement chaque visio, avec le nombre heures passées. J’ai ajouté en plus le temps au téléphone pour le boulot et l’entraide à se confiner développer la culture des communs et la configuration en Tiers-Lieux.

15H devant mon écran d’ordinateur ou pendu au téléphone. Grésillement dans les connexions synaptiques. Bruit blanc en continu dans l’encéphale. Et l’extrêmité d’une tige de plomb qui touche mon occiput ? Vous la sentez aussi ?

Rassurez-vous, nous ne sommes pas encore dans la matrice, cyberconnectés corps et âmes sur des serveurs.

Si je t’assure, l’espoir c’est toi !

La tête en choux-fleurs

Si vous lisez cet article, vous êtes certainement comme moi. Fatigués par les nombreuses visio-conférences générées par le travail et la collaboration à distance.

Autour de moi (par visio, tél ou mél), quand j’évoque le sujet tout le monde semble poser les mêmes constats :

  • Nous sommes beaucoup plus efficaces en télétravailant (si on est pas trop dérangés par ces enfants). Mais ce constat est déjà posé depuis longtemps par les premiers télétravailleurs (back to 2000’s my friend)
  • Les visios-conférences épuisent.

A la fin de la première semaine de confinement, j’avais le cerveau en choux-fleurs. Le vendredi soir venu, j’ai éteint mon ordinateur et j’ai été physiquement incapable de toucher mon ordinateur avant le dimanche soir.

Un formateur de ma connaissance s’est fixé comme règle de ne pas toucher son ordinateur le dimanche. On m’a également rapporté qu’un haut fonctionnaire avait exprimé la même souffrance quant à la multiplication des visios-conférences.

Pourquoi ça fait mal, docteur ?

Pourquoi à la fin d’une journée avec quatre heures de visio, avons-nous la désagréable sensation d’avoir le cerveau perforé par du calibre 9 millimètres ?

  • Parce que nous ne sommes pas habitués à cette situation.
  • Parce que parler devant un écran et une caméra, ce n’est pas naturel.
  • Parce que nous ne sommes pas habitués à faire des visios tous les quatre matins.
  • Parce que la plupart d’entre nous ne sait pas travailler en équipe.
  • Parce que travailler en équipe s’apprend sur un temps long et nécessite une certaine expérience.
  • Parce que travailler en équipe à distance est une contrainte supplémentaire.
  • Parce que l’illectronisme est une fumisterie.
  • Parce que nous sommes tous des handicapés.
  • Parce que nous avons toutes et tous des usages numériques différents et que les usages numériques changent et s’apprenent tous-les-jours !
  • Parce qu’il y a différence et débats entre ce qu’est la coopération, la collaboration et l’intelligence collective.

😀 Ça va mieux, là ? Fais-toi plaisir, bois un coup ! Si, si j’insiste.
Ça va bien se passer, tu vas voir.

Il était une fois…

Souvenez-vous, il n’y a pas si longtemps, vous donniez des cours, des formations ; vous faisiez des réunions, ou peut-être étiez vous élèves ou étudiants. Vous étiez avec des vrais vrais humains. Pas besoin de faire de test de Turing.

Ouah ! Comment c’était trop bien, tu te souviens, tu crois que ce sera possible bientôt ?

Ce n’était pas toujours facile, des détails vous échappaient, vous n’étiez pas toujours à l’écoute, votre concentration était parfois flottante, au travail vous étiez peut-être atteint de réunionite aïgue.

Mais au moins vous étiez dans un environnement de travail, vous saviez à peu près (sauf les deux du fond) où porter votre attention. Vous ressentiez votre corps, votre respiration, votre coeur palpipant, peut-être aviez-vous des vues sur le voisine ou le voisin.

Tu ne vas pas me faire croire que. Fais pas genre. La technique de zyeutage on la connaît. Et en plus, la femme est un homme comme un autre.

Vous n’avez que deux yeux, deux mains et un cerveau

En visio-conférence vous plongez dans un univers en continuelle expansion, le réseau des réseaux, j’ai nommé Internet I majuscule.

Création du groupe d’entraide numéro 440 localisation long : 8022 lat : 3306 CHECK !

En visio-conférence, vous êtes concentré sur plusieurs environnements :

  • Votre miroir-vidéo (Damasio si tu nous entends)
  • Votre interlocuteur
  • Vos interlocuteurs
  • Le quarantième outil de visio-conf que vous découvrez ( Zoom c’est dead les enfants)
  • Votre écran
  • Votre clavier et votre souris
  • Le bureau sur lequel est posé votre ordinateur
  • Le mail urgent qui vient de tomber
  • La notification rézosocio qui pourrait être importante/intéressante
  • La tâche que vous n’avez pas pu effectuer avant de commencer la visio
  • Votre enfant qui veut jouer à Animal Crossing ou doit faire ses devoirs
  • Votre enfant intérieur (Et oui, tout ça pour qui ? Tout ça pour quoi ?)
  • Votre maison, appartement, le rangement qu’il faudra faire ce soir
  • La fenêtre, le dehors
  • Le chant de l’oiseau, juste là
  • Les rayons du soleil

Que dit la science ?

Que dit la science ? Ben je ne sais pas, du moins pas vraiment. Mes connaissances en santé mentale se limite à la lecture de quelques bouquins. On parle de charge mentale, d’épuisement cognitif, d’addiction aux écrans. J’écris « on » car je ne suis pas spécialiste, simple amateur. Honnêtement, rions un peu et faissons de la Blanche Gardin psychologie.

On ne se voit pas devenir con. Parce que le cerveau en fait, c’est un organe caché, il est sous le crâne, on ne le voit pas se modifier.
Que tu bouffes de la merde tous les jours tu te vois devenir gros,
tu te vois dans la glace, mais tu te vois pas devenir con.
Tu t’en rends pas compte un jour devant le miroir de ta salle de bain
« Putain mais je suis entrain de devenir complétement conne là ! ».

Blanche Gardin, à propos de la télévision… un autre écran.

Crétin de cerveau. Biais cognitif. Attention, l’ennemi c’est la peur, c’est nous, c’est les idées pré-conçuees dont nous sommes perclus.

Eternel retour à soi, de l’intérieur vers l’extérieur et vice et versa.

Je l’expliquais plus haut, en visio il est difficile de se connecter à son corps et ses émotions. Et en plus aux émotions des autres. Le langage corporelle est trés limité. Habituellement, il est une composante essentielle de la communication inter-personnel. Il faut faire des pantonimes.

Psychologues, psychiatres, médecins et psys du travail,
universitaires, scientifiques, nous avons besoin de vos lumières 
pour éclaircir ce problème précis. 

Alors que faire ?

Bois. Fais pipi. Fais des pauses.

Votre temps d’attention est limité. Vous n’êtes pas dans la Matrice. Vous n’êtes pas un robot (🤖 = travail en polonais 😉 ).

  • Apprenez à télétravailler, Internet est plein de ressources.
  • Une bonne réunion est une réunion bien préparée, une bonne visio est une visio hyperpréparée, comment animer une réunion à distance ? Ressource.
  • Faites des pauses collectives obligatoires, au bout d’une heure, ordonnez à tout le monde de quitter l’ordinateur pour 10 minutes.
  • Buvez. Attention pas de bouteille d’1 litre à côté de vos appareils ! Un verre d’eau moitié plein bien placé sur le bureau suffira.
  • Dès que vous le pouvez aller aux toilettes et resservez vous un verrre. Excusez-vous auprès des autres et quittez le poste pour quelques minutes.
Facilitation graphique animer une réunion à distance
Facilitation graphique par Lison Bernet pour un Afterwork au Lab01 d’Ambérieu-en-Bugey, thème : « Animer une réunion à distance »
Facilitation graphique animer une réunion à distance
Facilitation graphique par Lison Bernet pour un Afterwork au Lab01 d’Ambérieu-en-Bugey, thème : « Animer une réunion à distance »

Désintox : de moins en mieux

Ok. Vous êtes arrivé ici. Maintenant, il est temps de poser des questions simples mais absolument essentielles. Je suis médiateur numérique. Pourquoi je fais ce métier ?

  • Parce que j’aime ce métier.
  • Parce que c’est un métier, juste un métier pas un sacerdoce. Avec l’expérience, il faut apprendre à se déconnecter. Lors des mouvements de décembre 2019 contre la réforme des retraites, les travailleurs du numérique avait demandé ce droit : la déconnexion.

Comment, diable, j’ai commencer mon métier ? Par un blogue. C’était le 2 mai 2012. J’avais rédigé un manifeste. Aurélien Saison 1 Episode 1. Je dois dire que relire ce texte en période de confinement, ça me fait quelque chose. Un sentiment de fierté mêlé à l’inquiétude. Comme si le sillion se creusait dans du sable…

Quand travaillerons-nous à créer un numérique plus sain, plus accessible, plus simple, moins énergivore, moins omni-présent, pour le grand nombre d’entre-nous ?

Quand apprendrons-nous collectivement à nous saisir de ces outils, pour pouvoir les reposer sur l’établi au soleil couchant ? De quoi avons-nous besoin ? Comment vivre de moins en mieux ?

Comment lutter contre le start-upeur solutionniste, ce prohète monstrueux qui sommeille en nous ? Il est temps de se désintoxiquer.

🎵🎤« They try to make me to go to rehab and I say No No No« 

Arrêter le consulting, devenir jardinier. Lire des bouquins, ressortir les K7, les VHS, les pentax, les polaroïdes, et les pelloche 8 millimètres.

Drôle de révolution, vintage power et formica punk.

La suite au prochain épisode.

Bonus track

Vous cherchez un outil de visio ? Voilà une belle liste.

Covid19 – Comment j’ai aidé la ville de Maubeuge

Contexte : COVID19 – La premiers jallons de cet article ont été posé le 26 mars 2020.
Les appels aux dons, à bénévoles, à contribution, et autres aides fleurissent partout sur Internet et les médias. Ces nombreux appels ne sont pas sans soulever des questions sur lesquelles je reviendrai bientôt.

Les médiateurs numériques sont appelés sur plusieurs fronts :

Soutenir la continuité pédagogique, c’est-à-dire aider les personnels de l’éducation nationale à se saisir des outils numériques pour maintenir les apprentissages à distance.

– Aider la population en général, l’ensemble des citoyens à se saisir des outils numériques pour tous les usages du quotidien, à travers la plateforme Solidarité Numérique.

– Fabriquer des visières de protection pour toutes les personnes en première ligne (personnels soignants, les travailleurs sociaux, les livreurs, les commerçants, les agents de collectivité…etc) en coordonnant les nombreux FabLabs et makers et makeuses confinés à la maison partout en France. Oui, les FabLabs permettent l’accès à la fabrication numérique au plus grand nombre, ils font partie de la médiaiton numérique.

En vérité, le travail ne manque pas et la liste que j’ai posé est non-exhaustive. Là encore j’y reviendrai bientôt.

La documentation pour aider

Plus qu’auparavant, il me semble important de documenter ces initiatives, afin qu’elles trouvent des echos par delà la crise. Je suis très attaché à la documentation, elle fait partie de mon histoire.

Les ressources, les guides, les tutos, les recommandations, les MOOCs pullulent sur les réseaux sociaux… encore faut-il trouver les bons et les transmettre aux bonnes personnes et au bon moment. Je pense que les questions critiques à se poser sont, dans l’ordre de leurs urgences, les suivantes :

  • Comment atteindre les personnes non équipées d’ordinateurs ou de smartphone ?
  • Comment toucher les publics concernés ?
  • A quoi serviront nos travaux et ressources produites après le confinement?
  • Comment aujourd’hui préparer le déconfinement
  • Comment travaillerons-nous après la crise ?

C’est pourquoi l’initiative la plus intéressante, de mon honnête et humble point de vue, est le wiki Risposte Creative Numérique.

« Apprendre ensemble de la crise : Appel a la créativité et à la force du réseau des acteurs de l’innovation publique territoriale pour faire face aux nouveaux défis crées par la crise du covid 19 »

https://ripostecreativeterritoriale.xyz/?PagePrincipale

Il est urgent de contribuer !

Le wiki se veut être une gare centrale des initiatives pour orienter les collectivités et les professionnels dans la bonne direction. Il urgent de contribuer ! Vous travaillez dans une collectivité ou professionnel du numérique : contribuez ! Voici comment :

https://video.cnfpt.fr/widget/utiliser-et-comprendre-le-wiki-1

L’exemple de Maubeuge

Ce wiki me donne les moyens d’agir ! De contribuer ! D’aider ! Humblement, bénévolement, d’entrer en contact avec des personnes qui ont besoin de mes conseils.

Sur le wiki, dans la partie « J’ai besoin » j’ai trouvé ce message :

Nous avons échangé au téléphone le jeudi 26 mars, voici mes recommandations.
Attention mes recommandations sont bénévoles et faites dans l’urgence, elles sont simplement un premier niveau de réponse, elles sont sujets à critiques et adaptation.

Le besoin de la ville de Maubeuge :
Faire de la mise en relation pour développer la solidarité

Il y a trois niveaux :

  1. L’action citoyenne
  2. Les relations entre agentes de la collectivité et les usagers
  3. Comment travailler à distance entre agents de la collectivité ?

Les citoyens agissent ! Ils s’entraident.

La collectivité doit relayer leurs intitiatives avec ses outils de communication .

Quelles relation entre agents et usagers en cette période ?

La ville de Maubeuge à des pages Facebook, le problème récurrent de ce rézosocio et son algorithme, c’est qu’il dillue l’information dans ses flux.
J’ai recommandé les applis smartphone type Illiwap pour faire du push et de la notification afin de mieux catégoriser l’info.

Aux citoyens indiquer deux sites :
Pour faire ses démarches en lignes, apprendre à se servir des outils numériques, faire cours à mes enfants…etc. : https://solidarite-numerique.fr/ avec le numéro vert.

Comment assurer la continuité pédogique ? Une ressource : : https://openclassrooms.com/fr/p/continuite-pedagogique

Certains de nos citoyens ont un smartphone, pas d’ordi ni d’imprimante.
J’ai un devoir maison à imprimer pour mon enfant :
=> J’envoie le document sur ecole@maubeuge.fr ou imprimante@maubeuge.fr
=> Je vais à l’état civil, l’adresse mél est tout le temps ouverte
=> Je télécharge mon document, j’imprime !

Comment travailler, collaborer, manager entre agents de collectivité ?

Nous avons l’Intranet => ok c’est outil mais pour quoi faire ?
Nous avons mis en place un Whatsapps => ok c’est outil mais pour quoi faire ?

Nous faissons du télétravail ? Et c’est naturel ? Et vous le faites bien ?
Deux guides à lire :

En résumé il faut penser aux processus, aux méthodes et à l’organisation, avant de penser aux outils. Vaste sujet sur lequel, je reviendrai dans un prochain article.

Envie d’aller plus loin, de plus de ressources ?
N’oubliez pas ce wiki !

De journaliste à commoner, la documentation c’est mon histoire

Première édition de l’article : 1er avril 2020 en situation de confinement #nojoke.
Si nécessaire, je reviendrai et compléterai cet article avec vos retours. Tous les édits seront notés ci-dessous.

Contexte : Séminaire de contribution, transformation, appel aux dons, MoviLab le wiki des Tiers-Lieux, connaît une importante actualité. En tant que contributeur je souhaitais livrer mon témoignage sur mes pratiques de documentation.
Ce texte contient du savoir chaud, de l’expérience, j’espère qu’il permettra de mieux saisir l’importance éditoriale dans les pratiques de documentations. Une fois de plus, il y a des échos avec ma formation de journaliste.

Je ne peux oublier cette première fois, où j’ai utilisé un pad collaboratif en ligne. C’était à Lille en novembre 2013…

J’avais les pieds tremblant, mes cuisses frissonnaient sous mon ordinateur portable, des fourmis creusaient de nouvelles galeries dans mon cerveau, et un courant électrique alternatif chatouillait ma colonne vertébrale.

J’étais soufflé, ému, impressionné par la beauté et la puissance de ce simple outil. C’était en novembre 2013 aux Rencontres Ouvertes du Multimédia et de l’Internet Citoyen et Solidaire à l’ancienne gare Saint Sauveur de Lille.

Nous étions assemblés en rond sur des chaises, une dizaine parmi d’autres dizaines. Nous parlions du modèle économique des Tiers-Lieux. À l’époque, le sujet était peu connu, obscur, technique. Bien sûr, je ne comprenais pas tout mais je saisissais tout. Je rendais compte en direct. J’étais lu, complété, édité, corrigé en live. Je reportais au coeur de l’action. Je n’en perdais pas une miette.
Il n’était pas question de faire de la mise en scène, il me fallait extraire de la matière brute d’intelligence collective. Je tapais au kilomètre, très vite, et je pouvais compter sur les autres pour lire, corriger, compléter, éditer en direct. Personne ne m’avait appris à travailler comme ça auparavant .

J’éditais du texte, j’étais des lignes et une couleur sur un écran blanc aux lignes numérotées. La conversation était prolongée, augmentée, nous laissions une trace sur un serveur, une trace lisible et compréhensible par les absents, par les intéressés, à commencer par les autres participants des ROUMICS.

Personne dans l’assemblée ne venait troubler la véracité des propos ou le sens des phrases. Un accord bienveillant de partage et de construction s’imposait à nous.

Le prochain lundi

Il me faudra quelques années d’expérience pour comprendre que cet accord, faussement tacite, ne venait pas en premier lieu de l’outil mais de la volonté sincère des participants de créer une ressource utilisable et appropriable. Une ressource résultante de notre volonté et faite à notre mesure.

Je connaissais les ficelles de la rédaction et de la mise en scène de l’information, évidemment leur caractère fini, définitif, impose des biais. Journaliste de formation, je l’ai constaté de nombreuses fois. Si on ne pense qu’au temps présent, l’histoire que l’on raconte ne vivra peut-être que quelques jours. Comment dépasser cet horizon du lundi prochain ? Documenter.

J’aimerais donner ici quelques explications quant à ma pratique de documentation et son histoire. J’insiste sur un point, il ne s’agit que de ma pratique de documentation. Il faut rester humble, c’est important dans une posture de documentation.

Rester humble

Il faut d’abord se défaire de l’invective médiatique du « D’où parles-tu ? ». Documenter c’est faire peu de choses, plein de petites choses. Commencer petit, prévoir grand. Pour documenter tout un chacun doit être légitime. Corriger une faute d’orthographe. Mettre un lien hypertexte. Poser une balise. Poser une première couche, puis corriger, revenir, ajouter, modifier. La documentation d’une personne ne peut être vu et qualifié que dans son ensemble. On ne peut pas prendre une partie pour le tout, un article pour argent comptant. C’est la sédimentation de tous les articles, de toutes les pages, de toutes les couches qui fait la documentation.

Tendre vers le récit, avec comme stratégie la défense, comme but la préservation.

Rester humble. Accepter l’inachevé comme résultat. Tendre vers le récit, avec comme stratégie la défense, comme but la préservation. Une documentation n’a de sens et n’existe qu’en lien avec d’autres documentations. Une page wiki est nécessairement liés à d’autres pages wiki, comme un article de blog fait référence à d’autres articles de blog. Les mots s’inscrivent dans un champ lexical particulier, une taxonomie pourrait-t-on dire, d’où découle une culture à la fois communautaire et propre à soi : un commun.

De journaliste à commoner

Voici mon histoire : je suis arrivé dans les Tiers-Lieux étant journaliste et communicant et en quelques années je suis devenu commoner. Tant que faire se peut je prend soin du patrimoine informationnelle commun des Tiers-Lieux.

En 2014, j’ai lancé un média participatif sur les Tiers-Lieux. Il n’existe plus aujourd’hui mais j’en ai gardé toute les précieuses données. Elles attendent une seconde vie. Au-delà d’un échec (trop vite, trop gros, trop tôt, trop jeune…), ce média fut un vecteur pour m’approprier de nouveaux savoir-faire et de nombreuses connaissances. C’est en 2015 que j’ai réellement compris l’intérêt de MoviLab et par extension de Wikipédia. Les wikis ont cette force qui est d’obliger à donner un contexte à sa documentation, à documenter la documentation. Chaque page à son histoire, on sait qui a modifié, quoi et quand.

What’s mine is yours

Si je documente c’est d’abord pour moi et donc pour toi. Il y a le plaisir de la mémoire, des traces et jalons laissés sur le chemin des années, mais il y a un véritable intérêt professionnel.

Aujourd’hui, j’ai un poste de médiateur numérique. Je dois faire un atelier Arduino, j’ai créé une page MoviLab pour cela. Je dois aider des collègues à trouver des outils pour accompagner les personnes âgées aux usages numériques, j’ai crée une page pour cela. Définir un Tiers-Lieux, il y a des pages pour cela. Quel est l’histoire de Saint-Etienne de ces dernières années ? Le saviez-vous, le premier OuiShareFest, c’était en 2013 ? Y-a-t-il des liens avec Saint-Etienne ? Oui, nous en avons les traces.

De notre grotte nous conjurons le sort

Il y a très longtemps des humains sont partis à la chasse. Pour manger, il devait vaincre d’énormes bêtes. Pour conjurer le sort, ils ont dessiné l’histoire du jour sur les murs de leurs maisons. Aujourd’hui des touristes par milliers viennent visiter la Grotte de Lascaux.

Je documente toujours pour les autres mais ce n’est pas ma première pensée et je ne nourris aucun espoir. L’oeuvre reste, le créateur meurt. Nous courrons tous vers la même fin. Le peu que j’ai fait servira à quelque chose de toute façon, le devenir de mon travail ne m’appartient déjà plus. Un an, deux ans ou cinq ans après, il se trouve souvent un passager – lecteur, jardinier, patrouilleur ou codeur – qui s’émerveille. La page existe. L’action peut devenir savoir. L’information est toujours là. Et si tu es mécontent de ce patrimoine, il n’appartient qu’à toi d’y contribuer.

La grotte de Lascaux – Source : Wikipedia

Mon premier MOOC, l’art de la pédagogie

Entre décembre 2019 et février 2020, la Grande École du Numérique proposait un cours en ligne sur « l’évaluation dans l’acquisition des compétences ». J’ai revu mes classiques et j’ai appris de nouvelles choses. 

Les MOOCs (massive open online course ou formation en ligne ouverte à tous) sont une forêt touffue dans laquelle on peut vite se perdre. Il en existe des millions sur des milliers de plateformes sur des sujets très divers (même sur l’histoire du terrorisme récent et la lutte contre la radicalisation). Moi-même, avant de rentrer en formation, je m’y étais essayé à plusieurs reprises sans grande réussite. Manque de temps, pas toujours sûr de ce que je cherchais, comme nombre d’apprenants je manquais d’assiduité… 

Pas si Massif, le MOOC

Cette fois-ci les enjeux étaient différents. Le cours était bien ciblé et bien contextualisé. Il s’adressait à une communauté précise, bien définie : les formateurs, coordinateur de formations, coordinateurs pédagogiques aux métiers du numérique, labellisée GEN… de préférence mais pas obligatoirement. 

Contrairement à une idée reçue, les MOOCs ne s’adressent pas au tout venant. Ils ne rendent pas le savoir universel accessible à tous d’un claquement de doigts, quelques pré-requis sont indispensables. L’apprenant doit savoir ce qu’il cherche ; les concepteurs pédagogiques à qui ils s’adressent et pourquoi.  

Dès le début, le temps nécessaire au MOOC était annoncé : deux à trois heures par semaine. Ce qui relève de l’ordre du possible dans une semaine de travail bien organisée.

Ce que j’ai appris

J’ai trouvé le cours bien construit, car les apprenants étaient poussés à l’action et la réflexion. Pour rappel un (bon) MOOC c’est ( ce sont ) : des cours en multimédia (texte, vidéos, sons…) + un forum + des visio-conf avec les concepteurs pédagogiques + des validations de compétences à chaque module. 

Après chaque cours, il fallait interagir, faire une proposition sur le forum et la confronter avec les autres apprenants. J’ai revu l’incontournable taxonomie de Bloom, j’ai appris le sens du mot docimologie. 

Sur les cinq modules, le plus intéressant était consacré aux OpenBadges. Le sujet est plutôt bien documenté, je vais essayer de faire bref et simple : 

Un OpenBadge, c’est comme une compétence acquise dans un jeu de rôle. 

Ex : Je suis sorcier, j’accède au niveau III grâce à mon expérience, j’acquiers la compétence nécromancie. Je vais pouvoir ressusciter les morts.

Dans le jeu de rôle du réel, un OpenBadge est une image avec des métadonnées qui valide une compétence dans un contexte particulier. 

Ex : J’ai le badge SuperMaker3D, il certifie que je sais me servir d’un scanner 3D, des logiciels de conception et d’impression 3D, et d’une imprimante 3D. Je l’ai obtenu au Lab01. Ce badge peut être reconnu dans d’autres FabLabs qui l’endossent ou reconnaissent des équivalences… et oui ce standard d’évaluation est ouvert !

Les OpenBadges sont portatifs, peuvent se partager sur des CV en ligne. À l’avenir on peut imaginer « qu’il y aura autant de badges que de sites webs » dixit le cours. Une diversité qui fera la richesse dans l’acquisition des compétences et la création de formation à la mesure de chacun.  

badgecanevas
Canevas pour créer son propre badge créé par l’association Reconnaître

Le MOOC comme outil et processus

Dans le monde de la pédagogie des formations professionnelles, des rélexions sont à l’oeuvre quant à l’utilisation des MOOCs. À la lumière de cette expérience, je crois qu’il ne faut pas voir dans le MOOC une finalité, mais un outil, un processus.

Notons quelques initiatives intéressantes : 

La région Auvergne-Rhône-Alpes lance bientôt une formation en partenariat avec l’Ecole des Mines de Saint-Etienne. Elle sera mi-MOOC, mi-FabLab. Elle s’adressera aux demandeurs d’emplois. J’imagine que le but sera de faire réaliser en FabLab ce qui a été appris grâce aux cours en lignes. 

Au Lab01, où je travaille, nous réfléchissons à la création d’un Campus Collectif. L’objectif est de réunir pendant deux heures par semaine des personnes qui suivent des cours en lignes (tutos youtube, MOOCs, tout ce qu’Internet peut offrir…) et de créer les conditions d’un partage des connaissances. Le meilleur moyen d’apprendre étant d’expliquer à d’autres ce que l’on a appris. Pour le moment nous essayons de lever les freins : trouver le bon créneau et un nombre suffisant d’apprenants.

Comme je l’ai expliqué plus haut, avant de suivre un MOOC il y a un chemin à parcourir : savoir se servir d’un ordinateur, savoir pourquoi on suit le MOOC… etc… 

Sur Internet, la plateforme We Co Learn (en cours de développement) veut mettre en relation les autodidactes, ainsi permettre la création de communautés apprenantes localisées. Un outil à tester pour les organismes de formation et les FabLabs. 

Quoi qu’il en soit, les cours en ligne s’inscrivent dans des enjeux multiples : formation continue des salariés, formation des formateurs, formation des personnes éloignées de l’emploi, réponse à de nouveaux besoins de compétences en entreprise…etc. 

Et maintenant je mets le cap sur un nouveau MOOC : l’atelier RGPD par la CNIL. 

Contribuer aux communs de la connaissance sur MoviLab :
Formation aux métiers du numérique

Merci à Catherine Serre, Mary de Paris, Sylvie Pollastri et les contributeurs anonymes pour leurs aides dans la publication de cet article.

J’ai (encore) Museomixé dans le Forez

Qu’est-ce que Museomix ?

  • Un makeathon culturel international qui croise les regards et les talents.
  • Une rencontre des médiateurs, bricoleurs, designers, développeurs, graphistes, communiquants, artistes, écrivains, scientifiques qui se retrouvent au cœur d’un musée pour expérimenter et vibrer ensemble.
  • 3 jours pour inventer, concevoir, fabriquer et tester un dispositif de médiation muséale innovant et emprunt de numérique

C’est un marathon créatif de trois jours dans un Museomix, mais non ce n’est pas un truc de bobos. Il s’agit de regarder les musées autrement, proposer autre chose, de faire des belles recontres.

L’association et les communautés Museomix sévissent depuis 2011. Son histoire est largement documenté. Pour ma part, j’avais participé à l’aventure en 2014 au Musée d’Art et d’Industrie de Saint-Etienne.

Le textile et le patrimoine

Cette fois l’édition 2019 se déroulait dans deux villages du Forez : Cervières et Panissières.
Distant de 60 kms Cervières et Panissières partagent un trait commun : un patrimoine industriel textile. À Panissières on confectionnait des cravates. Pendant longtemps les grenadières de Cervières ont cousu des insignes au fil d’or, sur les uniformes des armées françaises, de la légion étrangères, sur les habits verts des académiciens, sur les tricornes des préfets ou encore sur un costume pour un certain Bokassa.

MixRoom

J’ai eu la chance d’intervenir sur la Mix Room pour documenter l’événement. Nous étions trois à la production de ce petit documentaire qui résume les trois jours et conte l’histoire d’un patrimoine méconnu.

Allez plus loin

Des nouvelles de votre Médiateur Numérique bien aimé

Coucou les loulous ! J’espère que vous allez bien. Pour ma part, il y a eu de nombreux changements ces derniers mois, ce qui explique mon long silence.
Voici donc une petite brève missive pour faire le point et vous annoncez de prochains changements sur le site.

Je remercie les nombreuses personnes qui ont partagé, liké et feedbacké mon article précédent : Accueillir des travailleurs handicapés dans un FabLab, ce que j’ai appris.

Je suis fier d’avoir obtenu haut la main mon diplôme de Conseiller Médiateur Numérique. Écrire des articles a aidé ;-). Le jury a même évoqué mes vacances bretonnes dans des camps de hackers peu orthodoxes.

Je travaille au Lab01 d’Ambérieu-en-Bugey en tant que Conseiller Médiateur Numérique avec le rôle de coordinateur de formation. Je donne des cours, je gère l’administratif et suis au contact quotidien de 12 apprenants (de 17 à 57 ans).
Je prends des notes tous les jours. Je pourrais écrire un roman sur cette formation.
J’ai commencé la documentation. Je viendrai partager l’expérience avec vous.

Je suis heureux, après avoir été formé à la médiation numérique je forme des médiateurs numérique à mon tour. C’est la meilleure chose qui pouvait m’arriver.

J’ai planté un arbre à palabres quelque part dans l’est de la France.

Je vois les Tiers-Lieux pousser comme une forêt. Je vis à Bourk (avec un k pour les intimes). Rien que dans ma rue il y a un café-restau et un espace de coworking qui se revendiquent comme tel. Quand je repense à 2012… Au Comptoir numérique… Saint-Etienne… #LesVraisSavent

Je fais de la llittératube, de la littérasphère, de la littéranum, c’est un peu grâce à François Bon, tiers-éditeur au tiers-livre. Ce blog va bientôt devenir un espace de création.

J’ai un point commun avec Jack Dorsey, le fondateur de Twitter. Je pense que Fip est la meilleure radio du monde. Fip c’est de l’argent public, la firme au piaf bleu paie-t-elle des impôts en France ? Non pas de tatouage pour moi merci.
J’ai la preuve que Fip est la meilleure radio du monde, j’ai découvert ce morceau fait avec des enfants de Marseille, en termes de MédiaLab c’est du haut niveau !

Je vous fais des bisous. À bientôt les Loulous !