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Qui ? Quoi ? Pour quoi faire ? Et comment ?

Le 17 octobre dernier se tenait “Numérique en Communs”, l’événement en ligne a réunit les acteurs de la médiation numérique dans leur grande diversité.
Cédric O, secrétaire d’Etat au numérique, a annoncé la formation et l’embauche de 4000 conseillers numériques sur toute la France, le tout financé par l’Etat.

Un site Internet dédié de mise en relation candidats et recruteurs a été créé.
Ce sont d’abord les collectivités locales qui sont encouragées à recruter, viendra ensuite le secteur privé. Est financé : une formation de 350 heures et le poste à 100% sur deux ans ou 70% sur trois ans. Bien entendu, l’annonce n’a pas manqué de susciter débats et réaction au sein de la profession.

C’est pas du gâteau…

Qui va former les futurs conseillers numériques ?
4000 personnes à former jusqu’à fin 2022, le gouvernement veut créer un électrochoc pour aider le plus grand nombre à avoir prise sur le monde actuel.

Cela se traduit aussi par un gros gâteau 🍰 qui arrive sur le marché de la formation.

Mais qui ? Les centre de formation traditionnels type AFPA ou GRETA, les associations d’éducation populaire, les structures départementales ou régionales de médiation numérique déjà existant.e.s, les gros opérateurs connus pour leur formation au codage type Simplon… On risque d’assister au mariage de la carpe et du lapin, un choc de vision et de culture.

Dans les faits pour démarrer une session de formation il faut aligner trois planètes sur le même territoire : un groupe d’apprenants motivés, un groupe d’employeurs volontaires, et un organisme de formation légitime et compétent ; le tout sur un métier peu connu, là où les besoins sont hyper-connus…

Qui connaît un peu le monde de la formation professionnelle sait que selon le paysage sur lequel on est implantés, cela peut se révéler plus ou moins difficile. C’est pas du gâteau…

Et si l’Etat veut laisser la main aux collectivités locales, espérons que ces dernières vont saisir l’opportunité. Il faut des élus volontaires, conscients et informés… La médiation numérique doit être comprise comme un service public d’utilité locale. C’est pas du gâteau…

Quels contenus, quel référentiel pour la formation ?

D’autant plus que le financement s’étale sur deux ans, et après ? Qui financera les postes ? Que deviendront les conseillers numériques ? Ce qui nous amène au prochain débat :

Pourquoi conseillers numériques et pas médiateurs ? C’est peut-être un détail pour vous, mais dans les jours qui ont suivi l’annonce, la profession a défendu le second mot contre le premier.
Si le conseiller se limite à donner des indications, le médiateur tend vers l’autonomisation des personnes qu’ils accompagne. En somme “faire avec” > “faire à la place de” mais ce débat est loin d’être terminé. (A lire : les palimpsestes de Gérard Elbaze).

⌚ 350 heures de formation = 📅 10 semaines de cours, soit l’équivalent d’un certificat de compétence professionnelle. Pour vous donner une idée, c’est un peu moins que ma formation à l’ADEA pour un CCP (la mienne en comptait trois 📅📅📅 pour faire un titre pro 👨‍🎓).

Depuis ma place, sur le terrain, je peux vous assurer qu’à long terme cette courte formation ne permettra pas aux futurs conseillers numériques d’évoluer et de s’épanouir professionnellement.

Le métier vous oblige à apprendre continuellement, et apprendre ça s’apprend.

Sur le site du gouvernement, une offre de services et des missions d’accompagnement ont été clairement définis. On retrouve le basique, ok mais de mon point de vue, la médiation numérique ne peut se limiter à ce périmètre. Le numérique est transversal. Certains parlent même de développement territorial. La réalité du terrain et la diversité des besoins entre particuliers, publics et entreprises forment un ensemble complexe.

Promotion sociale

On m’arguera que c’est un premier pas, qu’il faut commencer quelque part, que “de 350 000 € autrefois on est passé à 250 millions”. Oui mais, j’y vois un risque, un effet pervers.

Comme les collectivités seront libres de choisir la personne recrutée, ce sont des diplômés avec CV et années d’expériences qui vont prendre ces futurs postes pour opérer une reconversion professionnelle, au détriment de personnes “éloignés”, “en difficulté” qui aurait bien besoin de comprendre le numérique. Et quoi de mieux que de transmettre pour comprendre. Les 350 heures deviennent tremplin, plus qu’un lancement. 🏄‍♀️> 🚀

Dommage, c’est un très beau métier pour faire de la promotion sociale. Aider “les plus éloignés du numériques” ce n’est pas simplement l’accès aux droits et le travail. C’est l’expression citoyenne, l’utilité sociale, la culture. Oui, je sais ce sont des grands mots et des vastes sujets mais c’est pour ça que j’aime le métier.

Soyons ambitieux, suscitons des vocations chez nos publics les plus en difficulté. Pensons sur le long terme, envisageons des parcours de long terme.

Dans les 350 heures de formation il y aura des sciences sociales nécessaires au métier, quid de l’apprendre à apprendre absolument nécessaire pour évoluer sur le marché du travail aujourd’hui ?

Cette formation devra être complétée plus tard. Avec quoi ? Les deux CCP restants de la formation Responsable d’espace de médiation numérique qui remplacera celle de Conseiller Médiateur Numérique l’été prochain ? 🧩🧩= 👩‍🎓 Mais là encore, qui dispensera ces formations ? Et surtout, en 2021… 🦠

Comment ?


En 2021, le Covid sera toujours là. Le télétravail, les MOOCS se sont popularisés, Digital Learning Manager devient un métier à la mode.
Alors comment former tout ce beau monde ? Présentiel vs distanciel. Sur LinkedIn, c’est Yann VandePutte, ingénieur de formation à l’AFPA, qui fut le premier à poser la question à la profession. Je reproduis ici ma réponse :

Il ne s’agit pas de faire la guerre présentiel vs distanciel. Les deux présentent avantages et inconvénients. Je pense que la plupart de la formation doit se dérouler en présentiel mais qu’une part de distanciel est nécessaire.

Pour plusieurs raisons :

  • Apprendre à sa promo le travail collaboratif en processus ouvert.
  • L’autonomie et l’autodiscipline, la débrouille.
  • Pousser ses apprenants à travailler et utiliser de nouveaux espaces : bibliothèques, tiers-lieux… etc…
  • L’apprendre à apprendre.

Lors de ma formation Conseiller Médiateur Numérique à ADEA formation(s) de Bourg-en-Bresse, nous avions fait un SPOC 🖖 (small private open courses ) durant une semaine sur la culture numérique avec des extraits de cours de Hervé le Crosnier (je recommande).
Nous devions rendre des travaux ensemble (travailler en groupe). Chacun avait la liberté de pousser le cours plus loin et d’en apprendre plus. Mais nous ne sommes pas tous égaux face à l’apprentissage et au numérique… Boucle bouclée.

Revoir Numériques en Communs.

Edit du 9 décembre 2020 : le marché public pour la formation des conseillers numériques est publié.



Aurélien_Marty

Journaliste de formation, c'est par un heureux accident que je suis tombé dans la marmite des cultures numériques. J'ai été FabConcierge d'OpenFactory à Saint-Etienne. J'ai exploré les nouvelles formes de médias participatifs pour couvrir de nombreux événements. J'ai fait mes armes dans le monde des Tiers-Lieux jusqu'à devenir commissaire d'une exposition consacrée au sujet. Aujourd'hui je suis en formation Titre Pro Conseiller Médiateur Numérique à l'ADEA de Bourg-en-Bresse.

2 commentaires

Alban Meurice · 4 décembre 2020 à 18 h 07 min

“Mais qui ? Les centres de formations traditionnelles type AFPA ou GRETA, les associations d’éducation populaire, les structures départementales ou régionales de médiation numérique déjà existant.e.s, les gros opérateurs connus pour leur formation au codage type Simplon… ”

Salut à toi jeune entrepreneur,

si toi aussi tu es un membre de la #StartUpNation #TechSolutions qui a l’oreille du gouvernement, alors, je crois que la question elle est vite répondue.

Tribune de la Ligue des Médiateurs Numériques – Aurélien Marty · 16 décembre 2020 à 17 h 41 min

[…] Bref – Suite à l’annonce de la formation de 4000 conseillers sur deux ans, un collectif informel s’est crée : la Ligue des […]

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